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Fermeture des magasins d’ivoire en Chine, un avenir pour les éléphants ?

Le 30 décembre dernier, le gouvernement de la Chine, premier marché mondial d’ivoire, annonçait sa volonté d’interdire totalement le commerce et le travail de l’ivoire sur son territoire d’ici la fin 2017. Ainsi, fin Mars 2017, une vingtaine d’usines de transformation et de marchands au détail se sont vus dans l’obligation de cesser toutes activités. Au total, cette décision touchera 34 entreprises de transformation et 143 points de vente dans les mois à venir.

En 2016, les États-Unis, second consommateur mondial d’ivoire illégal, avaient également décidé de mettre en place l’interdiction du commerce de l’ivoire sur leur territoire sauf dérogations exceptionnelles. La Commission européenne souhaite, elle aussi, poursuivre ce mouvement contre le commerce illégal et interdire les exportations d’ivoire brut en 2017.

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Stock d’ivoire détruit en France – © DR / L’Obs

 

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Des mesures indispensables pour enrayer la disparition des éléphants

Le braconnage, l’urbanisation ainsi que la déforestation entraînent la disparition de cette espèce emblématique. En effet, si l’on comptait 1,3 millions d’éléphants dans le monde en 1970, il en reste actuellement moins de 500 000.

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Une étude d’envergure a été financée par le cofondateur de Microsoft, Paul Allen, dans 18 pays africains durant 2 ans afin d’établir un recensement précis de la population d’éléphants de savane en Afrique. Le programme nommé Great Elephant Census dresse un constat alarmant et note un déclin de 30 % de la population d’éléphants entre 2007 et 2014 alors que 84 % de ces populations étaient dans des zones protégées.

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Inscrits sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), dans la catégorie vulnérable pour l’éléphant d’Afrique et en danger pour l’éléphant d’Asie, le déclin de ces pachydermes est dû en grande partie au trafic de ses défenses.

Le commerce d’ivoire illégal, principal responsable

Le commerce international de l’ivoire et de ses produits dérivés est interdit depuis 1989, l’éléphant était alors inscrit sur l’Annexe I de la Convention sur le commerce international des espèces sauvages menacées d’extinction (CITES). Des modifications ont été ensuite apportées en 1997 et en 2008 afin de déclasser les espèces d’Afrique du Sud, du Botswana, de la Namibie et du Zimbabwe, sur l’Annexe II. Deux ventes internationales autorisées vers le Japon et la Chine, écoulant environ 152 tonnes d’ivoire.

Mais le marché légal ouvre une brèche importante pour faire entrer l’ivoire venu d’Afrique qui se sert de cette légalité pour blanchir leurs stocks illégaux. Le trafic d’espèces sauvages reste la 4e plus grande activité criminelle dans le monde, générant entre 8 à 20 milliard d’euros par an. Entre 20 000 et 35 000 éléphants sont tués chaque années pour leurs défenses, une estimation d’un éléphant toutes les 15 minutes.

La CITES contrôle le commerce de l’ivoire international en délivrant un permis à l’importation ou l’exportation selon l’annexe où l’espèce est inscrite. Dans le cas de l’Annexe I, un permis peut être délivré si l’importation est à but non commercial (recherche scientifique). L’Annexe II autorise la commercialisation exceptionnelle sous réserve d’autorisation.

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Mais le commerce interne de l’ivoire est contrôlé par chaque pays individuellement, ce qui affaibli le système de protection internationale. Selon les nations, l’application de la réglementation varie et de nombreuses dérogations sont mises en place même lorsque le commerce de l’ivoire est interdit. En France notamment, pour la revente d’ivoire d’éléphants tués avant 1975 (date de création de la CITES) ou avant 1989 (date d’inscription des éléphants à l’Annexe I). De même, les États-Unis autorisent encore le commerce de certains objets contenant moins de 200 grammes d’ivoire tandis que l’exportation d’ivoire brut acquis avant 1990 avec un certificat est encore possible pour le moment dans l’Union Européenne.

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C’est pourquoi, il est aujourd’hui plus que nécessaire de prendre des mesures communes, infaillibles, contre toute forme de commerce de l’ivoire et d’assurer un contrôle ferme suivi de sanctions à la hauteur du crime.

Un trafic au service de la corruption

Le trafic animal finance les réseaux mafieux d’Asie et d’Afrique ainsi que les réseaux terroristes et facilite la corruption. Dès lors, le commerce de l’ivoire n’est plus seulement un enjeu environnemental mais également un enjeu social et politique afin d’assurer la sécurité de tous. En janvier, un nouveau programme a été lancé par Interpol pour démanteler les filières des crimes organisées et plus particulièrement les écosides (crime contre l’environnement) dont fait partie le braconnage de l’ivoire.

Le cas des éléphants d’Asie

Le trafic d’ivoire est également présent en Asie, notamment au Sud de l’Inde, mais il touche moins cette espèce car les éléphants d’Asie ne possèdent pas tous de défenses contrairement aux éléphants d’Afrique. Malgré tout, ils sont aujourd’hui en danger d’extinction. En effet, on estime sa population en milieu sauvage entre 40 000 à 50 000 individus. En cause : l’urbanisation et la déforestation intensives multipliant les conflits entre l’homme et l’animal. Les parcs nationaux et réserves se multiplient mais restent encore insuffisants pour accueillir tous les éléphants.

Autre fléau, la capture d’éléphants sauvages à des fins domestiques, bien qu’en baisse et en principe interdit en Inde, au Vietnam et en Birmanie, cette pratique se poursuit notamment pour l’industrie du bois, le tourisme et le commerce illégal. Des projets, tel que le Baan Wassana, sont menés afin de protéger cette espèce menacées et nous invitons chacun à les soutenir et surtout à être un touriste responsable.

Un combat à poursuivre

Le trafic d’ivoire ne vas pas cesser brutalement du jour au lendemain, d’autant plus que Hong Kong et les pays voisins de la Chine tels que le Vietnam, le Laos et le Cambodge ont de fortes chances de devenir les nouvelles plaques tournantes du commerce illégal, mais une nouvelle étude de Save the elephant démontre que depuis l’annonce de l’interdiction du commerce de l’ivoire en Chine, le prix de l’ivoire a fortement baissé, ce qui pourra décourager les braconniers et trafiquants, d’autant plus si cela s’ajoute à un risque de sanctions exemplaires.

Il faut donc encourager l’interdiction totale du commerce de l’ivoire dans tous les pays. Tant que des marchés légaux existeront, l’ivoire issu du braconnage pourra être blanchi. Tant que la demande d’ivoire existera, des éléphants mourront pour la fabrication de simples objets ou bijoux signes de prestige social.

Il est donc nécessaire à notre niveau de ne plus cautionner l’achat d’ivoire, de sensibiliser notre entourage et ainsi mettre un terme à la disparition des éléphants qui risque d’arriver d’ici 10 à 20 ans si l’on n’inverse pas la tendance.

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Campagne de l’ONU Environnement Wildforlife

Espèces inscrites aux annexes I, II, III de la CITES

Modalités de restriction du commerce de l’ivoire sur le territoire national, rapport du ministère de l’Environnement, du développement durable et de l’énergie, 2014

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