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Fermeture des « fermes à bile » au Vietnam. La fin du calvaire pour les ours d’Asie ?

Bonne nouvelle ! Mercredi 19 juillet 2017, l’ONG Animal Asia et l’administration vietnamienne des forêts (VNFOREST) ont signé un accord historique afin de fermer définitivement les fermes à bile et libérer les 1200 ours encore captifs. Un autre accord avait été signé en 2015 avec l’Association vietnamienne de médecine traditionnelle pour stopper la prescription de bile d’ici 2020. Ce délai devrait permettre la création de sanctuaires supplémentaires pour recueillir les ours, dont le coût s’élèverait à 20 millions de dollars.

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© Animal Asia

La bile d’ours, produit phare de la médecine traditionnelle asiatique

L’acide biliaire des ours est communément utilisé dans la médecine traditionnelle asiatique pour traiter les maladies du foie et de la vésicule biliaire. On lui reconnaît également des vertus aphrodisiaques et le pouvoir de résorber les hémorroïdes. Aujourd’hui, la bile d’ours est même plus largement prescrite pour des maux en tout genre, allant du mal de gorge au cancer.

C’est pourquoi, depuis des milliers d’années, les ours sont chassés et tués en Asie. Ces dernières décennies, la population d’ours d’Asie a chuté dramatiquement la classant en catégorie vulnérable dans la liste rouge de l’UICN (International Union for Conservation of Nature). Afin de faire baisser la pression sur les populations sauvages, la première ferme spécialisée dans l’extraction de bile voit le jour en Corée du Sud en 1980. Rapidement, la Chine et le Vietnam lui emboîtent le pas.

En réalité, le problème n’a en aucun cas été résolu. La chasse des ours persiste. Après avoir ausculté attentivement des ours issus de fermes, Animal Asia affirme que certains ours sont amputés d’un membre ou montrent des traces qui prouvent qu’ils ont été capturés. Plusieurs raisons expliquent ce phénomène :

  • L’industrialisation de cette pratique a entraîné une commercialisation accrue de ce produit et a favorisé la hausse de la demande.

  • Les fermes se sont révélées coûteuses en équipement et en effectif. Dès lors, il est plus rentable d’aller chasser directement l’ours.

  • La reproduction à l’intérieur de ces installations est difficile. Ainsi, une majorité des effectifs des fermes sont sauvages.

  • La bile issue d’un ours sauvage est considérée de meilleure qualité.

L’exploitation des ours pour leur bile : une industrie cruelle et inutile

Les ours sont enfermés dans des cages étroites dans lesquelles ils peuvent à peine bouger. Un cathéter directement relié à leur vésicule biliaire leur est posé sans anesthésie. La bile est pompée deux fois par jour. Les ours sont affamés et déshydratés volontairement dans le but de produire plus de bile. Les animaux supportent ce supplice quotidiennement jusqu’à ce qu’ils périssent des nombreuses infections et maladies contractées dans ces conditions. Beaucoup ne survivent même pas un mois mais certains ours vivent cet enfer durant 15 à 30 ans.

Vous pouvez regarder la vidéo explicative « Mettre fin à l’élevage des ours pour leur bile » réalisée par Animals Asia :

Aujourd’hui l’extraction de bile est plus qu’inutile car il existe une cinquantaine d’alternatives légales à base de plantes. Il n’y a donc aucune raison de poursuivre cette industrie. D’autant plus que la dangerosité de la consommation de bile a été prouvée et reconnue par de nombreux médecins. En effet, la bile contient de nombreuses bactéries et toxines en raison des conditions d’extraction peu contrôlées et des cas de décès et d’empoisonnement ont été découverts chez des personnes ayant consommé de la bile.

Le président de l’association de médecine traditionnelle au Vietnam, Nguyen Xuan Huong, a suivi 10 patients ayant subi un empoisonnement à la bile. Il a pu constater des dommages causés aux reins, au foie ainsi que dans le sang et les urines.

Une activité illégale qui persiste au Vietnam

L’imperfection de la loi et la demande toujours accrue expliquent la persistance de cette activité.

Théoriquement, les fermes à bile sont interdites au Vietnam depuis 1992. En 2005, une réglementation plus spécifique a vu le jour et a interdit formellement l’élevage des ours pour leur bile. En revanche, la possession d’un ours en tant qu’animal de compagnie est autorisée mais sans contrôles rigoureux et réguliers il est difficile de vérifier si les possesseurs d’ours n’exploitent pas ce dernier pour sa bile.

Le gouvernement ne possède pas les moyens financiers et humains nécessaires à l’application de cette loi. Contrairement aux fermes industrielles de Chine, les fermes vietnamiennes sont familiales et détiennent souvent un ou deux ours. Ainsi, à Hanoï seule, on compte pas moins de 400 fermes. De plus, la loi oblige à ce que le fermier soit pris en flagrant délit pour engager des poursuites contre lui ce qui complique encore le travail des contrôleurs.

Désormais, le Vietnam semble toutefois près à mettre les moyens nécessaires pour que cesse cette activité.

Vers une disparition totale des fermes à bile dans le monde ?

Malheureusement, le Vietnam n’est pas le seul pays à exploiter les ours pour leur bile. Cette industrie existe notamment en Chine, en Corée du Sud, au Japon et connaît un développement plus récemment au Laos.

La Chine à elle seule détient 10 000 ours et contrairement au Vietnam, ces fermes sont totalement légales. Pourtant, un sondage publié par Animal Asia en 2011 démontrait que 87 % des chinois interrogés étaient contre cette exploitation.

Outre la Chine, le Laos a profité de la nouvelle réglementation au Vietnam en 2005 pour récupérer progressivement le marché. Ainsi, le Laos est passé de 40 fermes en 2008 à 122 en 2012. Comme le déclare Luke Nicholson, le directeur du programme Laos de Free the Bears «Notre préoccupation est qu’il y a le potentiel pour l’industrie d’exploser au Laos“.

Bien que la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune) ait classé l’ours au groupe I de la Convention de Washington en 1980 rendant illégale leur exploitation, les contrôles commerciaux ne sont pas mis en place. De plus, la réglementation de la CITES concerne uniquement l’international et ne s’applique donc pas au sein d’un territoire spécifique.

Le chemin pour arriver à la disparition de ces fermes est encore long mais la résolution prise par le Vietnam de mettre un terme définitivement à cette industrie est une très bonne nouvelle car elle démontre que les efforts fournis par les associations peuvent aboutir à de grandes décisions.

Le combat se poursuit !

L’association Animal Asia fournit un travail considérable sur le terrain pour sauver les ours d’Asie notamment grâce à ces sanctuaires à ours : Chengdu en Chine et Tam Dao au Vietnam. Ces sanctuaires servent à soigner et accueillir des ours issus des fermes. Dans le même temps, les équipes recueillent des preuves des conséquences physiques et psychologiques de l’extraction de bile sur l’animal et mènent des études plus large sur l’ours dans le but de sensibiliser un plus large public. Si vous le souhaitez, vous pouvez les soutenir par un don sur le site.

Vous pouvez également signer cette pétition et sensibiliser votre entourage à l’existence de cette pratique peu connue.

Allison Demailly, rédactrice EVI.Allison_Demailly

Dans une société où tout va à cent à l’heure et où les préoccupations du quotidien nous éloignent des dégâts causés à la planète, il est important de multiplier les actions afin d’informer et de sensibiliser les personnes au monde qui nous entoure. Une harmonie est possible entre l’homme et la nature. Il suffit que chacun y mette sa patte.

 

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