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Forêts protégées, biodiversité et atténuation du réchauffement climatique : le trio gagnant

Les forêts tropicales protégées, bastions de la biodiversité, atténuent le réchauffement climatique en réduisant les émissions de dioxyde de carbone dues à la déforestation.

Dans les régions tropicales du monde entier, les aires protégées ont été instaurées afin de préserver la nature et la biodiversité de la déforestation, mais aussi pour garder les terres des peuples autochtones qui y vivent et les sites archéologiques historiques, tel le Machu Picchu au Pérou, ancienne cité inca classée au Patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1983.

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Machu Picchu © Marie Thérèse Hébert & Jean Robert Thibault on Flickr

Forteresses pour la biodiversité

Les aires protégées – réserves naturelles, parcs nationaux, réserves indigènes, etc. – s’avèrent être une mesure efficace, qui sauve bel et bien les poumons verts de la Terre de la déforestation. Elles sanctifient l’habitat naturel de nombre d’espèces sauvages en danger d’extinction, comme les éléphants d’Asie, les éléphants de forêts d’Afrique, les lions d’Asie, les jaguars, les tigres, les orangs-outans, les gorilles, etc.

Éléphant d’Asie – Huai Kha Khaeng Wildlife Sanctuary © Thai National Parks

20% des forêts primaires du globe sont heureusement situées dans des aires protégées. Ces dernières apparaissent comme les derniers remparts séparant ces écosystèmes très riches en biodiversité des menaces anthropiques, à savoir la déforestation et l’exploitation des ressources, ayant cours pour les besoins de l’agriculture intensive – généralement de soja en Amérique du Sud et d’huile de palme en Asie – ou encore pour produire du charbon, utilisé en Afrique pour la cuisine locale, ailleurs pour se chauffer.

Exploitation forestière

Exploitation forestière

Pour autant, les aires protégées subissent des pressions à l’intérieur et autour de leurs frontières, qui peuvent fortement impacter la biodiversité. D’après une étude parue dans la revue Nature en 2012, sur 60 réserves tropicales, environ la moitié subit une dégradation de la biodiversité, notamment à cause de perturbations diverses de l’habitat naturel des espèces, de la chasse, de la déforestation à proximité des réserves et de la coupe sélective à l’intérieur des réserves.

D’autres facteurs comprennent les feux de forêts, l’exploitation illégale des ressources minières, la pollution des rivières, les transformations de l’environnement, dont le changement climatique. Les chercheurs rappellent cependant que les aires protégées revêtent une grande importance pour sauvegarder la biodiversité, encore faut-il, pour ainsi dire, protéger les forêts protégées. Certains proposent même d’instaurer des réserves plus vastes ou des « méga-réserves ».

Protéger les forêts de l’influence des êtres humains est vital pour la biodiversité, en effet. Une autre étude parue en juillet 2017, toujours dans Nature, révèle sans surprise que les espèces de vertébrés ont plus de chances d’être classées dans la Liste rouge de l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) si elles vivent dans des zones touchées par la déforestation. Même minimale, la déforestation a des conséquences dévastatrices, ce qui témoigne à nouveau que la simple intrusion humaine dans les écosystèmes les plus sensibles est néfaste pour la biodiversité. En outre, les auteurs de cette étude déplorent que la très grande majorité des zones particulièrement risquées, ou hotspots, qu’ils ont surtout repérées à Bornéo, en Amazonie et au Congo, ne sont toujours pas protégées…

Il se trouve que 80% des aires protégées dans le monde sont aussi les territoires des peuples autochtones, d’après Survival International. Or, dans ce cas, l’exploitation des ressources forestières par l’être humain ne dégrade pas la biodiversité, mais plutôt l’inverse : un rapport d’évaluation commissionné par la Banque mondiale, paru en 2009, indique qu’il y a moins de feux de forêts – signe révélateur de la déforestation – dans les aires protégées où vivent des communautés autochtones que dans celles où toute présence humaine est interdite.

Cela montre que les peuples indigènes jouent un rôle protecteur pour les forêts, et par la même occasion pour la biodiversité. Ils détiennent effectivement des connaissances fondamentales sur les forêts dont ils dépendent, et ont développé des techniques de préservation et de gestion durable bien avant l’émergence de la conscience environnementale dans le monde occidental.

Bouclier contre le réchauffement climatique

Qui plus est, les réserves forestières jouent un rôle décisif pour freiner le réchauffement global. En effet, une étude réalisée par Daniel P. Bebber et Nathalie Butt, publiée en octobre 2017 dans la revue Scientific Reports, atteste que les forêts tropicales protégées contrent le réchauffement climatique par le simple fait d’être épargnées par la déforestation, une cause majeure d’émissions de gaz à effet de serre, en l’occurrence de dioxyde de carbone.

Ainsi, d’après ces chercheurs, les aires forestières protégées ont permis de réduire de 29% les émissions de dioxyde carbone imputables à la déforestation entre 2000 et 2012. Autrement dit, si ces forêts avaient été détruites, 1 492 millions de tonnes de dioxyde de carbone auraient été émises dans l’atmosphère chaque année, soit plus de trois fois les émissions annuelles du Royaume-Uni. C’est aux forêts protégées d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud que l’on doit le plus gros de cette réduction. Viennent ensuite les forêts d’Asie, puis celles d’Afrique.

Forêt amazonienne, Brésil © Brazilian Things on http://brazilian-things-page.tumblr.com/

Les forêts tropicales absorbent naturellement le carbone, au niveau de la canopée et des racines des arbres, ce qui permet de « retirer » de l’atmosphère des quantités importantes de ce gaz à effet de serre et de ralentir le réchauffement climatique. Ce cycle régulateur du climat est cependant trop lent pour compenser le rythme infernal de la déforestation opérée dans les zones tropicales, responsable de 10% des émissions de carbone dues à l’ensemble des activités humaines. La déforestation massive émet deux fois plus de carbone que ne peuvent en stocker les forêts laissées intactes.

Protéger les forêts tropicales

En définitive, créer des réserves forestières protégées permet non seulement de sauver de nombreuses espèces de l’extinction, mais devient aussi un acte indispensable pour combattre le réchauffement climatique. Si on attend bien sûr plus d’actions dans ce sens de la part des gouvernements, cela ne nous empêche pas d’agir à notre niveau en restant informé et en soutenant des associations engagées dans la protection de ces hauts lieux de biodiversité :

sauvonslaforêt

Sauvons la forêt se mobilise pour la préservation des forêts tropicales tout autour du globe en appuyant les ONG locales.

 

wwf

Avec son programme forêt, le WWF s’est donné pour mission de lutter contre la déforestation, sanctuariser les forêts, favoriser leur gestion durable et les restaurer autant que possible.

Envenvolvertol Vert agit pour préserver les forêts et la biodiversité, en portant une attention toute particulière aux pays défavorisés et à la participation des communautés locales.

 

Floriane Boyer, rédactrice EVI.

J’ai toujours été une fervente lectrice de fantasy et de science-fiction. J’aime explorer de nouveaux univers, peuplés de héros qui sauvent le monde. Et puis, en grandissant, j’ai compris que nous avions déjà un monde à sauver, bien réel celui-là, et que nous pouvions tous être des héros, à notre façon. Je suis fière de mettre ma plume au service de cette noble cause qu’est la protection de notre planète

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3 plusieurs commentaires

  1. Bonsoir Floriane,

    Votre cause est noble. Cependant, je suis sceptique quand aux déclaration de réserve naturelle de certains pays. Et d’ailleurs ces réserves ne sont que peu respectée par les braconniers et les grandes entreprises qui exploitent les ressources. Et c’est a dire qu’un réserve naturelle nationale peut juste être rapidement dévastée de ses éléphants par exemple par une poignée de braconniers. Aussi bien une entreprise peut bien siphonner toute l’eau nécessaire a la biodiversité d’une surface comme la France sans être dans la réserve et la rendre comme un désert.

    Le poumon de la terre, je suis navré que vous ne parliez pas de l’océan et des mers qui couvrent plus des 3/4 de la planète et qui sont bien plus importants quand au bilan CO2 de l’atmosphère, un bon élève dont on ne parles pas mais qui fait la majeure partie du travail… pour l’instant. Je salue les gouvernements qui commencent à protéger certaines parties de leurs ressources naturelles, mais c’est juste rien par rapport à la surface de leur pays, c’est un premier pas, mais vous savez bien que tant qu’un état a a y gagner, il ne fera rien pour protéger réellement la biodiversité et le climat? Et que sur les surfaces totales de réserves naturelles protégées par rapport au zones autorisées sur mandat ou libres…. pour pillage industriel et économique…

    Je salue votre courage et votre engagement, mais il va en falloir bien plus pour faire changer les choses. Vous parlez de quelque millièmes de pourcents de surface que les états sont prêts a protéger (plus ou moins) pour faire bonne figure trop souvent. Mais c’est un premier pas pour autant qu’ils fassent respecter « leur » charte de réserve naturelle protégée. Quelles sont-elles d’ailleurs?

    Hélas en tant que scientifique je pense qu’au point de vue écologique ou on se trouve, il va falloir sauver ce qu’on peut et mettre ça au minimum pour la survie de l’espèce humaine dans une minorité bien relative, si on en a un peu plus, alors tant mieux. Nous devons donc agir sur les principales sources de pollution et de destruction de l’écologie mondiale au niveau locale, et pas sur des futilités.

    Bien a vous,
    François Deferr

    • Bonjour,

      Merci de votre intérêt. Nous évoquons l’océan comme poumons dans nos autres articles sur le sujet ainsi qu’au sein de notre magazine en ligne EVI MAG’.

      Un sujet n’évite pas un autre. Nous partageons les même préoccupations.

      Cordialement

  2. Un dernier mot,

    Je ne pense pas qu’il faille protéger la nature de l’être humain, je pense que nous devons nous y intégrer dans le respect de toute vie, comme il a été fait jusqu’a il y a quelques centaines d’années, et abandonner nos rêves de richesse et de profit (et je sais que c’est le but d’un minorité qui malheureusement dirige le monde et qui le mènent à sa perte, avec les pauvres « esclaves » économiques que nous sommes).

    Je suis pour une symbiose de l’homme avec la nature, nature qu’on nous a tellement conditionné pour l’oublier et ne plus l’entendre. Aussi comment écouter la nature quand il y a tellement d’humain sur la terre, c’est clair qu’on va droit dans le mur d’une manière ou d’une autre. Mais la terre n’est pas a sa première civilisation, si l’humanité doit disparaitre ainsi que dans un cataclysme provoqué toute la nature vierge, elle s’en sortira dans quelques millions d’années.. L’humain n’est qu’un passager temporaire.

    Salutations