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Interview : Cetamada, préservation des mammifères marins

CETAMADA

Interview réalisée avec Sophia Rakotoharimalala, Directrice Exécutive de l’association Cetamada.

Pouvez-vous présenter en quelques mots votre association ?

Cétamada est une association de droit malgache à but non lucratif fondée en mai 2009.

Notre objectif est la préservation des populations de mammifères marins et de leur habitat à Madagascar. Pour cela, l’association s’engage dans une démarche de développement durable en impliquant les populations locales dans ses actions et en générant des revenus durables pour les communautés.

Nos activités sont axées autour de 4 volets d’action :

–      l’encadrement et la promotion d’un écotourisme responsable et durable

–      l’éducation et la sensibilisation à l’environnement et au patrimoine marin

–      le développement d’activités communautaires

–      la recherche scientifiquecetamada

Qu’est-ce qui vous a amené à entreprendre votre démarche ?

Situé dans l’océan Indien, Madagascar est la quatrième plus grande île du monde. Pourtant, malgré son image lointaine de paradis tropical, les enfants malgaches font face à des défis immenses car le pays reste l’un des plus pauvres du monde. Le responsable de la Banque Mondiale à Madagascar a récemment parlé de la Grande île comme étant « le pays le plus pauvre du monde ». La crise politique n’y est pas étrangère. Depuis 2009, le niveau de vie des malgaches a fortement diminué et plus de 90% de la population vit actuellement sous le seuil de pauvreté (moins de 2 dollars par jour). 

Madagascar souffre également de problèmes structurels chroniques, dont un manque très important d’infrastructures. Les difficultés sont de tailles. Seulement 30% de la population vit dans les villes, tandis que 70% vivent dans les zones rurales. En dehors des centres urbains du pays, les communautés sont souvent isolées et éloignées, coupées des réseaux routiers insuffisants qui laissent beaucoup d’enfants et de femmes sans accès aux soins de santé de base. Sainte-Marie n’échappe pas à cette réalité.

L’île Sainte-Marie (Nosy Boraha en malgache) est une jolie langue de terre (60km de long pour 5km de largeur) tout en longueur remplie d’histoires romanesques. Les légendes et contes de pirates y sont nombreux. Ce coin de paradis est connu pour son caractère authentique et préservé, ce qui en fait un des lieux touristiques privilégiés pour les touristiques qui s’aventurent à Madagascar. Peuplée d’environ 21 000 habitants, Sainte-Marie est composée de petits villages plus ou moins isolés. Les infrastructures routières sont très limitées puisqu’il n’y a qu’une route goudronnée de 30 kilomètres pour l’ensemble de l’île. Il est particulièrement difficile de se déplacer à certains endroits, d’autant plus lorsque la saison des pluies a démarré. Bien que Nosy Boraha échappe encore aux effets du tourisme de masse, elle ressent les effets néfastes de la crise économique, qui ne cesse d’enfoncer le pays. Le fait d’être à l’écart des soubresauts politiques de la capitale permet aux habitants de Sainte-Marie d’amortir quelque peu la brutalité des réalités de la Grande Terre.

La richesse de l’environnement et de la biodiversité locale est un atout qui doit servir d’appui aux programmes de développement communautaire de la communauté de l’île. La population de l’île Sainte Marie vit à presque 90% du tourisme et de la pêche sur les récifs coralliens de l’île.

Cétamada, qui est ancrée sur le terrain depuis plusieurs années et qui acquiert d’année en année de la notoriété, se doit de proposer des programmes d’appui au développement communautaire pour l’alternative à la pêche. La préservation du milieu marin est actuellement plus qu’une nécessité surtout pour une île, comme le cas de Sainte-Marie.

L’île Sainte-Marie est très connu comme un lieu de migration des baleines à bosse pendant l’hiver austral (juin jusqu’en octobre), ce qui amène plus de 5 000 touristes par an dans la région (environ 50 % du tourisme annuel). Cependant, le contexte socio-économique est influencé par le très faible niveau de vie à Madagascar.

Néanmoins, Cétamada a mis en place des dispositifs économiques pour que la communauté locale soit impliquée dans les projets de conservation des baleines à bosse : ouverture d’une fabrique artisanale de produits dérivés (ex : paniers en rafia, sculptures en bois) et mise en place d’un réseau de vente, notamment à travers les hôtels. Cela a suscité un réel intérêt pour la conservation des baleines à bosse et une prise de conscience du patrimoine naturel existant. Une amélioration tangible du développement de la communauté a été constatée par rapport à d’autres régions côtières de Madagascar.

Pouvez-vous partager un projet qui a abouti à des résultats positifs ou qui est en train de porter ses fruits ?

Projet de formation des guides locaux.

L’association a conçu un code de bonne conduite pour l’observation responsable et respectueuse des mammifères marins (baleines à bosse, dauphins, …) à Madagascar. Ce document permet de vulgariser un arrêté inter-ministériel datant de 2000 fixant des règles d’observation. En partenariat avec le Ministère du Tourisme, l’association forme chaque année des  écovolontaires dont le rôle est d’encadrer les sorties touristiques des opérateurs partenaires de Cétamada, de collecter des données scientifiques et participer aux actions communautaires de sensibilisation.

a-t-il un projet en cours pour lequel vous avez besoin d’un soutien tout particulier ?

Projet de centre de formation professionnelle.

Ce centre de formation professionnelle sera le lieu où les villageois des 17 fokontany = quartiers, les élèves des écoles privées et publiques, les enfants des orphelinats, les piroguiers, les femmes pêcheurs, les guides touristiques pourront suivre des formations professionnelles  en couture, vannerie, tissage, sculpture, peinture, informatique, menuiserie, apiculture et aquaculture.

Nous aurons besoin de soutien financier.

Avez-vous un conseil à donner aux personnes qui souhaiteraient s’impliquer pour la protection de la biodiversité ?

La situation de la biodiversité est assez critique malgré qu’il y ait de nouvelles découvertes d’espèces chaque jour. Impliquer la population locale – communiquer à travers les supports de sensibilisation – conscientiser les communautés de la richesse qu’ils possèdent.

Un mot d’ordre à partager ?

Les espèces animales et végétales reflètent l’état de santé de notre environnement.

En les protégeant, nous protégerons l’avenir de nos enfants.

Site Internet de l’association

www.cetamada.org

 

 

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© Cetamada

Interview réalisée le 16 février 2015.

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