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Interview : Gorilla, une association au secours des gorilles !

Association en Afrique pour protéger les gorilles Gorilla

GORILLA est une association française basée au Rwanda, en Afrique, fondée en Janvier 1986 avec pour mission de protéger les gorilles. Interview de Fabrice Martinez, Président de l’association.

Voilà bientôt 30 ans disparaissait Dian Fossey, assassinée dans sa cabane du centre de recherche de Karisoke au Rwanda. Dès le lendemain, Fabrice Martinez fonde l’association Gorilla, toujours active aujourd’hui. Autodidacte de la Nature, sa passion pour les gorilles l’a souvent conduit en Afrique. Auteur d’un livre témoignage, il est par ailleurs commandant de Police dans le Vaucluse.

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Fabrice Martinez et son pisteur rwandais en novembre dernier, sur la piste des gorilles, au parc national des volcans : « J’ai grandi sous le signe de l’Afrique et de ses immenses territoires sauvages. De l’Afrique, j’avais imaginé des plaines inondées de soleil. Mais au pays des gorilles de montagne, c’est le froid, la pluie et la brume qui dominent. »

Votre implication dans la défense des gorilles a commencé à la mort de Diane Fossey?

En effet, j’avais lu son livre « Gorilles dans la brume ». À la lecture de ce témoignage inédit, je réalisais l’extraordinaire expérience de cette femme exceptionnelle aux confins d’un monde devenu absurde. Ma passion pour les gorilles s’en trouva naturellement décuplée. Sa mort me bouleversa durablement. Ce drame injuste annonçait le coup d’envoi pour une relève difficile et pour les gorilles, désormais orphelins, une bien triste destinée. Finalement, je me suis lancé dans cette aventure au nom d’une femme et d’un livre. Le choix du gorille tient à l’urgence de sa situation. Je n’avais que 20 ans, mais j’étais bien décidé à agir, histoire de perpétuer modestement une action formidable trot tôt interrompue.

Diane Fossey reste donc votre référence absolue ?

Il y a eu aussi Christian Zuber. Adolescent, je restais planté tous les soirs devant le poste de télévision pour suivre les aventures de Zuber, caméra au poing. Ce grand voyageur me fascinait et je rêvais de l’imiter dans l’une de ses aventures autour du monde. À 14 ans, je rêvais d’Afrique. Je me voyais dans la peau d’un cinéaste animalier, conteur d’histoires naturelles. Mais j’aimais aussi Belmondo pour ses rôles de flic. Donc, d’un côté, une passion très tôt affirmée pour la faune sauvage, et de l’autre, la confirmation d’une vocation pour un métier que j’imaginais fascinant. Le quotidien du policier n’est-il pas l’extraordinaire des autres ? À 16 ans, j’adhérais au WWF France.

Pourquoi les gorilles ?

Je n’ai jamais su répondre tout à fait à cette question. Mais faut-il à chaque fois expliquer les choses ressenties comme pour se justifier ? Une seule chose m’était apparue essentielle: découvrir la nature profonde de ma passion pour les gorilles en la confrontant à la réalité. Rencontrer enfin ceux que mon cœur m’avait par instinct commandé d’aimer, de respecter, et bientôt de protéger. Car voilà bien des années que j’étais né pour cette rencontre. C’était en moi aussi sûrement que l’air qui traversait mes jeunes poumons. Ceux d’un jeune flic de 20 ans dont le quotidien d’une banlieue parisienne inspirait souvent bien plus la férocité, la peur et l’angoisse que cette jungle noire des volcans Virunga.

Un souvenir marquant ?

Je me souviens de ma première nuit passée au parc des volcans, au Rwanda. Seul sous ma tente, j’étais parti pour m’imposer à la frontière d’un rêve inaccessible, en quête d’absolu. Je n’avais encore jamais vu de gorilles sauvages. Je n’oublierais jamais ma première rencontre avec ces êtres fascinants, pas plus que cette nuit inoubliable dans la cabane de Dian Fossey, à Karisoke. Oui, mon rêve existe…

Quelle est la situation actuelle des gorilles en général ? Est-ce que les populations sont toujours sur le déclin ?

La situation des gorilles varie selon les pays et régions. Par exemple, celle des célèbres gorilles de montagne est satisfaisante puisque leur population est en constante augmentation depuis plusieurs années. Elle atteint le nombre encourageant de 880 individus répartis à la frontière de trois pays que sont le Rwanda, l’Ouganda et la République démocratique du Congo (RDC). Ces chiffres inespérés peuvent s’expliquer par un territoire à la superficie limitée, et donc plus facile à surveiller, à contrôler. Mais aussi par un tourisme gorilles qui connaît un franc succès, avec chaque année plusieurs milliers de visiteurs venus du monde entier pour vivre une rencontre inoubliable. La manne financière que génère le tourisme profite à tout le monde. Elle est indispensable aux États concernés qui ont conscience de l’atout exceptionnel que représente la présence de ces gorilles sur leur territoire. Mais le nombre ne reflète pas forcément le degré de déclin ou de menace. Les gorilles dits de plaine orientaux, sous-espèce appartenant à la même espèce que les gorilles de montagne, étaient évalués, il y a vingt ans, à quelque 17.000 individus. Or, les conflits armés qui ont alors éclaté dans l’est de la RDC leur ont fait perdre au moins la moitié de leurs effectifs, et leur massacre a encore été amplifié pour satisfaire la demande de viande de brousse de la part des chercheurs de coltan, minerai convoité par les fabricants des appareils électroniques, à commencer par le téléphone portable et les consoles de jeux. Les gorilles de plaine occidentaux sont à ce jour plus de 100.000 à errer dans les forêts du bassin du Congo (Cameroun, Gabon, Centrafrique…), où ils continuent cependant à être victimes du braconnage, de la déforestation et même du virus Ebola. Bien que les plus nombreux de tous les gorilles, leur population générale est comparable à celle des habitants des villes moyennes comme Nancy ou Perpignan..

Quelles sont les principales menaces qui pèsent sur leur survie ?

Le constat est malheureusement dramatique. Les grands singes ont besoin de forêt pour leur survie. Or, le bois précieux attire les convoitises des sociétés forestières. Son exploitation menace les équilibres. Avec l’ouverture de nouvelles routes et pistes, les braconniers se déplacent plus facilement. Les lois étant peu ou pas appliquées dans la plupart des pays d’Afrique équatoriale de l’ouest, les gorilles continuent à être chassés toute l’année pour leur viande. Alors que les zoos ouverts au public n’importent plus les gorilles d’Afrique depuis une bonne quarantaine d’années, il n’est pas exclu que des bébés soient toujours capturés pour alimenter des zoos privés, notamment au Moyen-Orient. Et puis, je l’ai dit, les gorilles restent victimes du virus Ebola et l’on estime à plusieurs milliers les gorilles victimes de cette épidémie depuis les années 1990.

Arrive-t-on aujourd’hui à lutter efficacement contre ces menaces ?

Rien n’est moins sûr. Le virus Ebola continue à faire des ravages. Les gorilles ont d’ores et déjà payé un très lourd tribut à cette épidémie que rien ne semble pouvoir enrayer. Rien n’arrête non plus les chasseurs qui profitent parfois de la complicité de ceux qui sont chargés de faire appliquer les lois. Tout se chasse en Afrique, de l’écureuil à l’éléphant, et bien sur les grands singes. Au Congo, par exemple, les fusils fonctionnent toute l’année. Ils sont prêtés ou échangés. Et même si la chasse est parfois fermée, la brousse, elle, reste ouverte. Au total, ce sont chaque année plusieurs centaines de gorilles qui sont tués en toute illégalité par des braconniers au Congo, au Cameroun… car le gorille, espèce en voie d’extinction, reste une espèce censée être intégralement protégée par les lois de ces pays.

Les grands singes bénéficient d’un important effort de conservation. Les résultats sont-ils à la hauteur de cet engagement international ?

Je pense que le Rwanda est un modèle du genre. Les efforts consentis par ce petit pays pour protéger cette espèce rare porte ses fruits. C’est un exemple que tentent de suivre, souvent avec succès, l’Ouganda et la RDC. Pour autant, rien n’est jamais acquis et l’instabilité politique que connaît régulièrement cette région d’Afrique centrale constitue un risque pour ces populations de gorilles qui ont avant tout besoin de paix. Dans le reste de l’Afrique où les espaces sont immenses et donc difficiles à contrôler, il est toujours très difficile d’établir un bilan précis. Tout laisse à penser que la situation de ces grands primates est catastrophique.

Comment faut-il agir pour protéger efficacement les gorilles ?

Dian Fossey disait que les parcs nationaux avaient été créés pour protéger une espèce menacée et son habitat. Cela ne doit souffrir d’aucun compromis. La clé se trouve dans la forêt et dans la volonté des pays concernés à protéger les territoires ayant statut de parc national ou de réserve. La priorité est d’abord de protéger un territoire contre les intrusions humaines, qu’ils soient paysans tentés par l’exploitation de nouvelles parcelles, ou braconniers, à la recherche de viande de brousse ou de bois de chauffe. On ne pourra pas non plus sauver le gorille sans y associer étroitement les populations locales établies aux limites de leur territoire. Les autochtones doivent être le plus largement possible associés à cet effort de conservation. Rien ne se fera sans eux. Les gorilles représentent un atout économique considérable et l’homme à tout à gagner à protéger ces grands singes rares. Il faudrait enfin que les lois en vigueur dans ces pays africains soient strictement respectées car elles existent.

Pouvez-vous résumer l’action que vous menez à travers l’association Gorilla ?

Gorilla est une petite association à vocation internationale qui agit depuis la France en soutien à différents projets existants pour la protection des grands singes et des gorilles en particulier. Elle soutient notamment les programmes de lutte anti-braconnage et de sensibilisation des populations locales. Elle fêtera cette année ses 30 ans d’existence !

Comment voyez-vous l’avenir des gorilles ?

Incertain, et l’inquiétude reste de mise. Je crois toutefois qu’aucun combat n’est vain s’il a pour principe de protéger la vie. Si je pensais que tout était définitivement perdu, je cesserais immédiatement d’agir. Mais un espoir subsiste. À la condition de se montrer cohérent et déterminé. Les lois doivent être respectées, appliquées sans faiblesse. Les moyens renforcés. Le problème reste crucial, critique. L’homme exige toujours plus de terres, d’espaces, au détriment du monde sauvage. A ce stade, une politique globale de la natalité me paraît indispensable. L’idéal étant à terme de redonner de l’espace aux animaux afin qu’ils puissent disposer de territoires plus vastes et mieux protégés. Bref, l’avenir du gorille est étroitement lié à la sagesse des hommes. Quelle place voulons-nous laisser aux grands singes ? C’est une question à laquelle il va falloir répondre car le temps presse. Et les plus pessimistes d’entre nous considèrent que si rien n’est fait, les grands singes auront disparu d’ici à 2050… Inacceptable.

Bio express

1964 : Naissance à Pezenas (Hérault).

Enfance à Pierrelatte (Drôme)

26 décembre 1985 : Mort de Diane Fossey

Janvier 1986 : Il fonde l’Association Gorilla

Site internet

www.gorilla.fr

Livres

– Au secours des gorilles aux Presses du Midi (2006)

– Le gorille, le costaud de la jungle chez Milan jeunesse (2009)

– Passion grands singes : 30 ans d’actions (en préparation)

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Interview réalisée en Février 2015.

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