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Le foie gras, une réalité cruelle à comprendre et changer

Les fêtes de fin d’année approchent à grand pas et comme chaque année, le fois gras sera sur toutes les tables. Pourtant, derrière ce produit inscrit au patrimoine culturel et gastronomique français depuis 2006, se cache un mode de production extrêmement brutal qu’il est important de révéler et d’accepter de prendre en compte. Alors quel est réellement ce processus de conception du foie gras ? Un sujet d’étapes difficiles, mais qui mérite d’être compris.

De la couveuse à l’abattoir, la réalité expliquée du foie gras

Chaque année, en France, 40 millions de canards et 700 000 oies sont gavés et tués pour satisfaire nos papilles et ce majoritairement pour Noël et le Jour de l’an. Mais quel est le prix à payer pour ces animaux ? Voici les différentes phases de la vie d’un canard mulard ou d’une oie de la filière du foie gras.

Insémination artificielle, broyage des canetons et débecquage

Que l’élevage soit industriel ou traditionnel, l’insémination artificielle est désormais adoptée par tous. Cette insémination génère stress et douleur pour l’animal. Les œufs issus des élevages de reproductions sont ensuite envoyés aux couvoirs dans lesquels ils seront placés dans des armoires à incubation. Ainsi, pas moins de 80 millions de canetons naissent chaque année en France pour la production de foie gras.

À l’image du tri des poussins dans l’industrie des poules pondeuses, dès la sortie de l’œuf, les canetons sont triés et les femelles – dont le foie est considéré comme étant plus petit et de trop nervé – sont broyées ou gazées. Les femelles représentent environ 35 % des naissances soit 23 millions tués chaque année. Les canards sont également débecqués au couvoir en étant brûlés ou coupés au ciseau entre 14 et 21 jours afin d’éviter les blessures entre les animaux qui deviennent agressifs en raison de leur grand nombre enfermé dans de petites surfaces.

© Aurore Burel – EVI

Vidéo réalisée en décembre 2015 dans un couvoir des Pays de la Loire : 

Période d’élevage (3 mois)

Dans les premiers temps, les canetons sont élevés en groupe dans des bâtiments chauffés. À partir de la 4e semaine, ils peuvent accéder à un parcours extérieur. Les canards disposent de nourriture à volonté jusqu’à 8 à 10 semaines. Durant la 11e et 12 semaine, l’accès au nourrisseur devient limité afin d’habituer les oiseaux à s’alimenter en grande quantité de manière rapide.

Bien que le Comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras (CIFOG) déclare que les animaux accèdent à un parcours extérieur durant 90 % de leur vie, la réalité est différente. Comme le souligne L214, les animaux ont accès à l’extérieur uniquement durant la moitié de leur vie puisque le CIFOG semble oublier que les premières semaines des animaux se déroulent dans un bâtiment.

©L214

Période de gavage (10 à 12 jours)

© Sophie Brakha – EVI

Durant la période de gavage, les animaux sont placés dans des cages individuelles ou collectives dans lesquelles leurs mouvements sont considérablement restreints et le déploiement intégral de leurs ailes impossible. Les cages individuelles sont normalement interdites pour les nouvelles installations depuis décembre 2004 et devraient être remplacés dans toutes les structures depuis le 31 décembre 2010. Cependant, selon L214, la majorité des producteurs utilisent encore les cages individuelles à hauteur de 75% de la production française.

Le gavage consiste à introduire dans l’œsophage du canard ou de l’oie un mélange à base de maïs à l’aide d’un tube métallique d’une vingtaine de centimètres et propulsé grâce à une pompe hydraulique, deux fois par jour. Les quantités de nourritures sont progressivement augmentées. À la fin de la période de gavage, le foie atteint 7 à 10 fois sa taille d’origine. L’animal est touché par une stéatose hépatique et certains ne survivent pas même jusqu’à la fin de la période. Il s’agit d’une lésion du foie en raison d’une accumulation de graisse dans le foie. Ce dernier est devenu si gros qu’il comprime le reste des organes. L’oiseau a alors des difficultés à bouger, à respirer et à réguler sa température. Il est pris de diarrhées, de pertes d’équilibre et de halètements. À cela s’ajoute stress, infections de l’œsophage, infections du cou et des pattes ainsi que le développement de multiples maladies.

Les canards ou les oies sont ensuite entassés dans des cages pour être transportés jusqu’à l’abattoir dans lequel ils seront électrocutés et saignés. Alors qu’un canard peut vivre jusqu’à 20 ans, ceux destinés à la production de fois gras n’auront vécu que 3 mois et demi, et dans des conditions de vie très difficiles.

Foie gras du Sud-Ouest : enquête dans des salles de gavage typique de la production réalisée en 2012 :

Le gavage, à l’encontre du bien-être animal

Le 16 décembre 1998 a été publié un rapport du Comité scientifique de la Commission Européenne de la santé et du bien-être des animaux intitulé : Les aspects du bien-être des canards et oies dans la production de foie gras. Il met en lumière les effets néfastes et dangereux de cette industrie sur les oiseaux et contredit de nombreux arguments de la filière du foie gras.

Selon ce rapport, le gavage est nuisible au bien-être des canards et des oies.La mortalité pendant le gavage est multipliée par 10. De plus, il atteste que le foie de l’animal est bien malade et que si le processus est poursuivi au delà de 12 jours, l’animal en mourrait. Preuve que le gavage n’est en aucun cas naturel et qu’il est dangereux pour l’oiseau. Aux vues de ce rapport, une recommandation européenne a été établie le 22 juin 1999. L’article 17 déclare notamment que :

Les méthodes d’alimentation et les additifs alimentaires qui sont source de lésions, d’angoisse ou de maladie pour les canards ou qui peuvent aboutir au développement de conditions physiques ou physiologiques portant atteinte à leur santé et au bien-être ne doivent pas être autorisés.

La France, premier producteur et consommateur de foie gras en marge des autres pays européens

De nombreux pays dans le monde ont interdit la production de foie gras : l’Allemagne, l’Autriche, le Danemark, la Finlande, l’Irlande, l’Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Pologne, la République tchèque, le Royaume-Uni, la Suède, la Norvège, la Suisse, l’Israël, l’Argentine et la Californie.

La France, l’Espagne, la Bulgarie et la Hongrie restent les seuls pays européens à poursuivre le gavage alors que la directive européenne du 20 juillet 1998 sur la protection des animaux dans les élevages stipule qu´« aucun animal n´est alimenté ou abreuvé de telle sorte qu´il en résulte des souffrances ou des dommages inutiles ». La réglementation européenne tolère cet écart à la seule condition que ces pays cherchent des alternatives au gavage. Mais la France ne semble pas encore prête à interdire le gavage et à s’aligner aux principes de la directive européenne. Pourtant, un sondage réalisé en novembre 2017 indique que 58 % des français sont favorables à l’interdiction du gavage tandis que la consommation de foie gras en France tend à baisser depuis 6 ans.

Agir pour dire « Stop » au foie gras et au gavage

  • Stoppez votre consommation de foie gras.
    De nombreuses alternatives au foie gras existent. Consultez notre article sur le sujet ICI.

  • Participez à des actions de sensibilisation avec des associations.

  • Parlez-en à votre entourage.

Pour en savoir plus :

Le site de la campagne de L214 Stop Gavage.

Les aspects de bien-être des canards et oies dans la production de foie gras, rapport du Comité scientifique de la Commission Européenne de la santé et du bien-être des animaux. [en anglais].

DIRECTIVE 98/58/CE DU CONSEIL du 20 juillet 1998 concernant la protection des animaux dans les élevages

Recommandation concernant les canards de Barbarie et les hybrides de canards de Barbarie et de canards domestiques adoptée par le Comité Permanent de la Convention européenne sur la protection des animaux dans les élevages, le 22 juin 1999

Production du foie gras, rapport scientifique réalisé à la demande du Conseil du bien-être des animaux de Belgique, 2014.

Allison Demailly, rédactrice EVI.

Allison_Demailly

Enfin diplômée et passionnée de nature depuis toujours, je souhaite désormais me consacrer aux causes qui me tiennent particulièrement à cœur. Dans une société où tout vas à cent à l’heure et où les préoccupations du quotidien nous éloignent des dégâts causées à la planète, il est important de multiplier les actions afin d’informer et de sensibiliser les personnes au monde qui nous entoure. Une harmonie est possible entre l’homme et la nature. Il suffit que chacun y mette sa patte.

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