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Le sable marin, un nouveau « souvenir » pour les touristes ?

En août 2018, un touriste résidant en Grande-Bretagne a été contrôlé à l’aéroport de Cagliari en Sardaigne avec dans sa valise une bouteille contenant du sable de la région de Gallura. Ce vacancier n’est pas un cas isolé car à l’été 2017, c’est près d’une tonne de sable qui a été saisie dans ce même aéroport. Au rythme d’une bouteille de sable par touriste à une fréquence de 10 millions par an, l’île sera bientôt dépossédée de ces précieux granulats. C’est pourquoi depuis le 1er août 2017, la Sardaigne répertorie les prises de sable ou de coquillages comme un crime puni d’une amende allant de 500 à 3000€ et pouvant être accompagné d’une arrestation.

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@Gettyimages, plage Santa Teresa, région de Gallura, Sardaigne

De la formation du sable marin à son arrivée sur les plages

La formation du sable sur les plages est un processus étalé sur des milliers d’années. L’eau et le vent fragilisent les roches, les vagues se cassent contre elles, arrachant des morceaux qui tombent à l’eau. Au fil du temps et des courants marins, ceux-ci se cassent et s’arrondissent, puis deviennent de plus en plus fins. En parallèle des matières organiques comme les coquillages, les squelettes et les coraux se désagrègent. Les courants marins transportent une partie des fonds jusqu’aux littoraux, et le vent y participe en déposant les grains suffisamment légers.

Leur texture, pigment, forme, composition rendent le sable unique d’une plage à l’autre. Près de 180 minéraux différents ont été découverts dans les sables sur les 4 900 espèces existantes. C’est aussi avec ces spécificités que l’on distingue le sable des déserts par exemple, considéré comme rond, fin et qui ne s’agrège pas.

Le rôle des touristes dans la modification des paysages

Rien qu’en Italie, entre les criques de sable rose de l’île de Budelli (fermée au public en 1998), les étendues de quartz colorés de Mari Ermi ou bien les bancs de sable blanc à Cala luna, la tentation d’extraire quelques grammes de minéraux est forte. Cette action s’apparente à la notion plus générale de « glanage ». De plus en plus de touristes souhaitent exposer dans une bouteille transparente le sable de leur vacances. À ces derniers viennent s’ajouter les traditionnels « arénophiles » (collectionneurs de sable) qui ouvrent le marché de la vente aux enchères sur Internet de ces fioles.

L’extraction en elle même a des conséquences quelque soit la plage ; les sites classés par l’UNESCO ne sont pas les seuls impactés. La modification des paysages reste avant tout un phénomène naturel dicté par l’érosion, les courants marins, le vent… mais son action est amplifiée et accélérée par l’Homme.

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@Gettyimages, Azur Windows avant sa destruction naturelle par l’érosion, Malte

Des côtes fragilisées et des paysages transformés

Le pillage de sable marin a de nombreuses conséquences sur l’écosystème. En effet, la microfaune qui vit dans le sable disparaît ou est substituée par d’autres espèces. Par conséquent, la chaîne alimentaire de certaines espèces d’oiseaux ou de poissons est rompue, concourant à leur disparition -partielle ou totale- des côtes. Le sable forme aussi une barrière protectrice contre les vagues, empêchant les phénomènes de submersion à plus ou moins grande échelle : avancée du niveau de la mer, engloutissement des îles, montée des eaux …

À cela s’ajoute l’extraction par les industriels, qui lorsqu’ils exploitent des carrières avoisinant les plages, participent à la salinisation des nappes phréatiques.

Ce que dit la loi française

En France, les plages appartiennent à l’État au titre du domaine public maritime, et ce dernier en concède l’exploitation aux villes. Le Code de l’environnement tolère le glanage à faible quantité et à des fins personnelles. Tolérer n’étant pas encourager, la Normandie a interdit le ramassage de galets depuis 1976, en raison de la division par 2 de l’effectif présent au XIXè siècle.

Cependant l’article L321-8 du code prévoit que l’extraction de sable est interdite si elle compromet l’intégrité de la plage ou du littoral, ce qui est le cas si elle est faite en grande quantité. Le problème étant qu’une faible extraction par un touriste devient un grand prélèvement une fois le geste répété des milliers de fois …

Comment résister à la tentation ?

Afin de dissuader à la source les touristes, des panneaux de prévention sont implantés sur les plages. D’autres sont allés encore plus loin en faisant appel à des vigiles afin de constater des flagrants délits dans les lieux où le glanage n’est pas toléré.

Une alternative pour les locaux pourrait se trouver du côté du bois flotté. Ce bois appartient à une catégorie différente de celle du sable et des coquillages : la laisse de mer, c’est à dire à l’ensemble de débris naturels d’origines végétales et animales déposés par l’eau. Le bois flotté est traité comme un déchet ménager. Cependant des associations locales ou des artistes revendiquent leur revalorisation car une fois nettoyés des plages, ils sont souvent brûlés. Des artistes en font des éléments de décoration qui seront ensuite revendus dans les boutiques de bords de plage.

Les touristes devraient préférer les photos, où la lumière permettra de mettre en valeur la véritable couleur du sable et des coquillages. De plus, ces minéraux font partie d’un paysage auquel ils sont indissociables car ils déterminent en partie la renommée du lieu.

Même si l’action des touristes participe à l’accélération de la modification des paysages, l’extraction industrielle l’amplifie. En effet, 15 à 20 milliards de tonnes de sable par an dans le monde sont mobilisées pour la construction, et le sable marin possède les meilleures vertus. La création artificielle d’îles comme à Dubaï, Monaco et Singapour doit être inscrite comme une cause de la modification des paysages côtiers. Dans nos quotidiens, ce sont près de 18 kg de sable par jour et par personne qui sont utilisés (béton, verre, micro-processeur…).

Ophélie, rédactrice pour EVI

EVI MAG illustré : Le tourisme. Edition n°2