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Les perturbateurs endocriniens

Un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (l’Igas), publié le vendredi 2 février, souligne les résultats positifs, mais limités, de la méthode nationale mise en place par la France en 2014 sur les perturbateurs endocriniens. L’occasion de revenir sur un sujet vieux de plus de 25 ans, largement controversé.

Extrait d’un article publié dans la Nutrithérapie Magazine

Qu’est-ce qu’un perturbateur endocrinien ?

L’expression « perturbateur endocrinien » est inventée en 1991 par Theo Colborn pour désigner une molécule qui mime, bloque ou modifie l’action d’une hormone et perturbe le fonctionnement normal d’un organisme.

Ces molécules sont présentes dans des produits chimiques synthétiques comme les pesticides, les cosmétiques, les plastiques ou encore les additifs alimentaires.

Plus graves, car difficilement dégradables et biocumulables, d’autres perturbateurs endocriniens (métaux lourds tels que le plomb et le mercure) produits par les incinérateurs inquiètent.

Si les problèmes de santé générés par les perturbateurs endocriniens sont connus de tous, – infertilité, autisme, développement anormal du fœtus, puberté précoce, cancers, diabète, l’obésité ou encore des problèmes neurologiques ; l’impact sur l’environnement et la faune sont moins évoqués.

L’environnement, éternelle victime

La dispersion de perturbateurs endocriniens est l’un des aspects trop négligés de la crise des déchets. De nombreux additifs , comme le bisphénol A et les phtalâtes, composés chimiques présents dans les sacs plastiques, contaminent les océans à partir des milliards de particules plastiques flottantes qui supplantent peu à peu le plancton en début de chaîne alimentaire. De tels perturbateurs endocriniens se retrouvent également dans les jus de décharge, faute de tri sélectif à la source, ou dans les effluents ou les boues de station d’épuration.

Les animaux, victimes collatérales des perturbateurs endocriniens

Les effets des perturbateurs endocriniens sur la faune sont multiples : la diminution du nombre de phoques dans la mer Baltique ; l’amincissement de la coquille des oeufs chez les rapaces ; le déclin de la population d’alligators dans un lac pollué et celui des populations de grenouilles etc.

Des effets néfastes sur la reproduction et le développement de poissons ont été également observés ainsi que le développement d’organes sexuels mâles chez des mollusques marins femelles comme les bulots et les escargots. Les effets sur les phoques, les oiseaux et les alligators sont très probablement dus à des pesticides chlorés.

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Apparition de poissons hermaphrodites avec la prolifération de perturbateurs endocriniens
© Caricature de Mike Adams

Le risque écotoxicologique est réel pour certaines espèces de vertébrés et invertébrés en milieu aquatique. Ainsi la pollution et les perturbateurs endocriniens (PE) sont incriminés dans les altérations de la différenciation sexuelle de certains reptiles aquatiques.

Les animaux aquatiques sont donc particulièrement touchés par les PE, surtout les carnivores qui sont au bout de la chaîne alimentaire où s’accumulent à la longue des concentrations élevées de substances persistantes. Il y a de plus en plus de preuves que les substances présentes dans les eaux usées des usines de pâtes et papiers et des stations d’épuration, peuvent influer sur la reproduction et la croissance des poissons.

La conséquence dramatique est la même pour toutes ces espèces : un fort déclin de leur population.

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Un têtard qui change de couleur en présence de perturbateurs endocriniens
Tétard xénope. © Dan Century, Flickr.com

Lutte contre les perturbateurs endocriniens : une cause internationale

Le signal d’alarme a été tiré pour la première fois il y a plus de 25 ans à partir des désordres constatés sur la faune sauvage.

En Europe, lors de la conférence de Weybridge organisée en décembre 1996 par la Commission européenne et différents organismes, plus de 200 scientifiques appelèrent à « combler les lacunes et les failles de la réglementation » pour « une meilleure protection de la santé humaine et de la faune sauvage ».

En 2012, lors du Congrès de l’Endocrine Society, référence mondiale en la matière, la déclaration de Washington élargit la définition des perturbateurs endocriniens comme « toute substance ou mélange de substances chimiques exogènes pouvant interférer avec l’action d’une hormone ». De ce fait, ils constituent un véritable enjeu environnemental et de santé publique.

En France, en 2011, une expertise collective de l’INSERM « Reproduction et Environnement » évoque l’insuffisance de données épidémiologiques pour tirer une conclusion et souligne qu’il faut davantage de moyens pour faire avancer les recherches.

Comment lutter contre les perturbateurs endocriniens ?

Eviter les emballages en polycarbonates (plastique n°7), les conserves, les canettes et la vaisselle en plastique. Il est préférable d’utiliser les contenants en verres et les autres matériaux.

Il convient d’éviter aussi les contenants en plastique lorsque nous chauffons un plat au four à micro-ondes et ne réutilisons pas nos bouteilles en plastique. En effet, le plastique usé rejette davantage ses plastifiants.

Informez-vous et respectez les usages prévus pour les produits qui sont sur le marché. Les notices contiennent toutes les informations utiles pour ne pas en faire de mauvais usage.

Signez des pétitions pour faire avancer la lutte contre les perturbateurs endocriniens comme celle disponible sur le site de l’association Ensemble contre les perturbateurs endocriniens.

Faites un don aux associations telles que Générations futures qui est spécialisée dans la lutte contre les pesticides.

Marjorie de Larichaudy, rédactrice EVI.

J’aime la beauté des choses de l’intérieur, du dedans, qui relèvent de l’intime : comme les belles histoires d’amour et de courage que renferment les livres ou le magnifique souvenir enfoui dans une photographie. Mais j’ai vite compris qu’il y avait plus beau à contempler, dehors, à l’extérieur : le monde.

Si ma plume peut chatouiller les consciences d’un plus grand nombre, c’est avec un réel plaisir que je la prendrai pour soutenir cet admirable combat qu’est la protection de l’environnement et de tous les êtres qui y vivent.

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