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Non à l’annulation de l’arrêté sur l’interdiction de la reproduction des dauphins en captivité

En mai 2017, nous nous réjouissions de l’arrêté pris par les ministères de l’environnement et de l’agriculture qui améliorait les conditions de captivité des cétacés et interdisait la reproduction des orques et des dauphins en France. Cette dernière mesure entraînait à terme la disparition des delphinariums sur le territoire français.

Lire notre article : Vers la fin de la captivité des dauphins et des orques : un arrêté et une belle surprise !

Photo by Chris Kristiansen on Unsplash

Un arrêté annulé sous motif de vice de procédure

Les delphinariums français ont saisi le Conseil d’État afin de faire invalider cette décision.

Ce 29 janvier, le Conseil d’État vient d’annuler cet arrêté considéré comme «pris au terme d’une procédure irrégulière». En effet, la version adoptée le 3 mai 2017 n’est pas celle ayant fait l’objet d’une consultation par le Conseil national pour la protection de la nature, le Conseil supérieur de la prévention des risques technologiques ainsi que par le public. Cette version a été modifiée à la dernière minute par la ministre Ségolène royale sans nouvelle consultation.

La première version prévoyait uniquement l’interdiction de reproduction des orques et la mise en place de contrôles des reproductions des dauphins tandis que la version adoptée le 3 mai incluait également les dauphins dans l’interdiction de reproduction. Ce qui induit la disparition totale des delphinariums à long terme.

Ainsi le Conseil d’État considère que :

Compte tenu de l’importance et de l’ampleur des changements apportés au projet soumis à la consultation du public, il juge que les modifications apportées à l’arrêté dénaturent le projet soumis à consultation publique. Une nouvelle consultation était donc requise. Le Conseil d’État en conclut que l’arrêté a été pris au terme d’une procédure irrégulière et l’annule en conséquence.

Pourquoi continuer de lutter pour la fermeture des delphinariums ?

La France compte actuellement 4 delphinariums (Marine Land d’Antibes, Parc Astérix, Planète sauvage et Moorea en Polynésie française) détenant une trentaine de cétacés (orques et dauphins). Ces animaux sont exposés au public dans des spectacles, des séances photos, des séances de delphinothérapie ou de nage sous prétexte de sensibilisation et de conservation.

Des captures synonymes de massacres

Cette industrie est responsable de la mort de centaines de cétacés au Japon chaque année. En effet, la reproduction des cétacés en captivité est difficile et ne parvient pas à combler la demande mondiale des delphinariums. C’est pourquoi une grande partie des cétacés captifs sont encore issus de capture à l’état sauvage.

Le documentaire The Cove réalisé par Richard O’Barry en 2010 dévoilé la face caché de l’industrie des delphinariums en dévoilant l’existence de ce massacre. D’après la Cetabase, entre 2000 et 2013 17,686 cétacés ont été tués et 1,406 capturés pour des delphinariums à Taiji. Depuis septembre 2017, 355 cétacés ont été tués et 64 capturés. La saison n’est pas encore terminée et se déroule généralement jusqu’en mars.

Voir notre article : Japan Dolphin Day massacre des dauphins au Japon

Les orques sont issues d’une chasse au lasso dans les mers de Russie ou les eaux islandaises.

Captivité et exploitation

Le dauphin et l’orque sont des espèces migratrices qui peuvent parcourir des dizaines de kilomètres par jour et plonger à des centaines de mètres de profondeurs. Aucun bassin ne pourra retranscrire la profondeur et la pression des océans.

Il est impossible de reproduire les structures sociales telles qu’elles sont à l’état sauvage : ils vivent en tribus, organisées en familles qui possèdent chacune leur propre dialecte et culture. Les liens familiaux et amicaux sont très développés chez ces mammifères. En captivité, les animaux sont regroupés arbitrairement ce qui génère du stress et des comportements violents entre eux et parfois même contre les dresseurs notamment dans le cas des orques.

Le documentaire Blackfish réalisé par Gabriela Cowperthwaite en 2013 retrace l’histoire de l’orque Tilikum et les conséquences désastreuses de la captivité sur l’animal. Tilikum est responsable de la mort de trois personnes dont sa dresseuse.

Vous pouvez regarder le documentaire sur Vimeo : première partie et deuxième partie.

Que ce soient les murs de béton ou de verre, les eaux saturées de chlores et d’antibiotiques ou encore les enchaînements réalisés durant les spectacles, rien ne convient aux besoins physiologiques et sociaux des cétacés.

La captivité a notamment des conséquences néfastes sur la santé de ces animaux : ulcères, affections pulmonaires, coups de soleil, encéphalites, etc.

L’étude intitulée The Case Against Marine Mammals in Captivity réalisée en 2009 par la Humane Society of the United States et la World Society for the Protection of Animals démontre qu’il y a beaucoup plus de mort en captivité qu’à l’état sauvage.

Des animaux intelligents et sensibles

Pourtant, l’intelligence et la sensibilité des cétacés ne sont plus à démontrer. Certains chercheurs les considèrent comme étant les mammifères les plus intelligents après l’homme.

Dans les années 1970, le chercheur Lou Hermann a prouvé que les dauphins étaient capables de comprendre deux langages artificiels tandis que la spécialiste en psychologie cognitive Diana Reiss a démontré que les grands dauphins sont capables de se reconnaître dans un miroir et de l’utiliser pour observer et inspecter leur corps. Les dauphins ont conscience d’eux-même, mais aussi des autres. Cette capacité n’est connue que de l’homme et des grands singes pour le moment.

La zoologiste Lori Marino témoin de cette expérience a poursuit les recherches et elle conclut que le dauphin possède un néocortex complexe supposant des capacités cognitives très développées notamment celle de la conscience de soi, de la résolution de problèmes, de la personnalité et des émotions.

Depuis Lori Marino se bat pour la fermeture des delphinariums et pour l’arrêt des recherches menées sur les dauphins captifs et propose de favoriser l’étude des cétacés sauvages. Les observations des cétacés dans leur milieu naturel permettent de prouver une fois de plus leur intelligence. Ils sont notamment capables d’enseigner des techniques de chasse à leur descendant mais aussi de coopérer et de mettre en place des stratégies élaborées pour bloquer les bancs de poissons. Ils sont très ingénieux. Des dauphins en Australie utilisent des éponges pour protéger leur museau lorsqu’ils cherchent de la nourriture dans les sols marins.

Enfin, les dauphins possèdent un langage sophistiqué. Les recherches de Vladimir Markov sur des dauphins sauvages capturés pour les expériences ont démontré que leur langage possède des structures syntaxiques proches de notre langage. Ainsi, ils possèdent une sorte d’alphabet constitué de 51 sons pulsés et 9 sifflements à l’image de nos consonnes et nos voyelles. Il conclut que

«Un tel degré de complexité semble unique et le système de communication des dauphins semble ne trouver aucun équivalent dans aucune autre espèce animale existante »

Les études prouvant l’intelligence des dauphins et des cétacés en général sont encore nombreuses. Le site Dauphins libres et Dauphins captifs propose des dossiers très détaillés et pointus notamment sur le langage des dauphins ICI et sur leur intelligence ICI

Pétition : NON à l’annulation de l’arrêté interdisant la reproduction des dauphins en captivité !

En réponse à l’annulation de l’arrêté, l’association française C’est assez et One Voice ont publié chacun une pétition afin de ne pas abandonner le projet et d’établir, avec le nouveau ministre de l’Écologie Nicolas Hulot, un nouvel arrêté cette fois-ci conforme et reprenant les mêmes mesures.

Plusieurs pays dans le monde ont déjà interdit la captivité de cétacés et/ou leur exhibition dans des delphinariums : Chypre, Costa Rica, Chili, Croatie, Inde, Slovénie et la Hongrie. D’autres en n’ont jamais possédés ou n’en possèdent plus : Royaume-Unie, Autriche, Suisse, Finlande, Irlande, Estonie, Lettonie, Luxembourg, Pologne, Slovaquie et République Tchèque.

Nous espérons que la France s’ajoutera bientôt à cette liste d’autant plus que le ministre Nicolas Hulot a déclaré le 20 avril 2017 sur tweeter «Notre civilisation ne devrait plus tolérer la captivité des dauphins. Il est temps d’en finir avec les delphinariums».

Pour participer aux pétitions c’est ICI