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Nos animaux préférés vont disparaître

Notre fascination pour certains animaux les précipite-t-il vers l’extinction ? Cela ne les sauve pas, en tout cas, d’après une remarquable étude scientifique portant sur les dix animaux les plus emblématiques du monde. Tigres, lions, éléphants, girafes, léopards, pandas, guépards, ours polaires, loups et gorilles : tous sont menacés de disparition et la plupart, ironiquement, le sont à cause de la chasse.

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Ils ont conquis le cœur du monde entier. Ils sont les héros des dessins animés et des films d’animation. Des peluches à leur effigie font le bonheur des enfants. Or, pendant tout ce temps, l’humanité les détruisait à petit feu, sans aucun scrupule, en les privant de leurs terres, en les chassant, en polluant la Terre et en initiant le réchauffement climatique.

C’est la désolante conclusion d’une étude réalisée par une équipe internationale de chercheurs, justement intitulée « La paradoxale extinction des animaux les plus charismatiques », publiée début avril 2018 dans le journal Plos Biology. Les chercheurs, Franck Courchamp et ses collègues, ont identifié les dix espèces préférées par la population en conduisant des questionnaires dans les écoles et des sondages en ligne auprès de participants internationaux, mais aussi en étudiant les animaux mis en avant sur les sites des zoos et dans les films d’animation.

Des animaux stars victimes de leur célébrité

La popularité de ces animaux suscite pourtant un élan de compassion à leur égard, ce qui devrait favoriser les initiatives pour les protéger. Pour preuve, ils apparaissent régulièrement dans les médias, qui avertissent sur leur situation alarmante. Pensons au lion Cecil brutalement tué pour la chasse sportive, ou à cet ours polaire famélique errant péniblement sur la banquise – simplement malade ou victime du réchauffement climatique, cet ours en a tout du moins bouleversé plus d’un.

Ces tristes images émeuvent profondément le public, mais cela ne semble pas compenser l’optimisme engendré d’un autre côté par la forte présence de ces animaux dans notre quotidien. En effet, le monde du divertissement et les grandes marques misent volontiers sur ces animaux, dans les films et les publicités. Les produits à leur effigie se vendent comme des petits pains.

Ainsi, ces dix animaux comptent pour près de la moitié des peluches vendues aux États-Unis chaque année, par le géant du commerce en ligne Amazon – l’autre moitié étant l’indétrônable ours en peluche. Plus frappant, 800 000 jouets « Sophie la girafe » ont été vendus en France en 2010 : un total huit fois plus élevé que le nombre de girafes vivant en Afrique.

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Credit Nick Webb
https://www.flickr.com/photos/nickwebb/2902702520

Les chercheurs suggèrent que cette omniprésence jouerait malheureusement contre ces animaux, car elle crée une sorte de « population virtuelle » qui va mieux que la vraie population sauvage. Cela entretient une illusion de bien-être et d’abondance de ces animaux. Par exemple, en seulement un mois, un Français voit davantage de lions en photo, en personnage de dessin animé ou en logo d’une marque, qu’il ne reste de lions en Afrique de l’ouest, d’après l’étude.

À cause, ou en dépit, de la surreprésentation de ces espèces emblématiques, le public semble peu informé du risque d’extinction qui pèse sur elles. Effectivement, des sondages sur Internet et des enquêtes menées par les chercheurs auprès de jeunes élèves et d’étudiants d’université, ont révélé qu’en moyenne, une personne sur deux se trompe sur leur état de conservation. Ceci est vrai pour la plupart des dix animaux considérés, à l’exception des tigres, des pandas et des ours polaires.

Sauver les animaux stars, mais aussi les mal-aimés

Pour contrer cet effet pervers, les chercheurs encouragent les entreprises à informer le public sur la situation des animaux qu’ils utilisent à leur avantage, ou idéalement, à reverser une part (aussi infime soit-elle) de leurs bénéfices financiers aux organismes de protection, un peu comme des droits à l’image. Ces animaux en ont en effet cruellement besoin et chaque petit geste peut renforcer profondément les efforts de conservation, qui manquent souvent de financement.

Si rien ne change, alertent les chercheurs, ils n’existeront plus que virtuellement dans les dessins animés et les publicités. Ils rappellent, dans leur publication et dans des interviews, que :

  • La population de tigres n’atteint plus que 7% de son abondance historique et trois espèces sont aujourd’hui éteintes : le tigre de Bali, le tigre de Java et le tigre de la Caspienne.

  • D’ici 20 à 30 ans, le roi des animaux pourrait s’éteindre. La population de lions s’est réduite à 8% de son abondance historique et décline partout en Afrique, tandis que les lions ont disparu d’Eurasie, à l’exception de 175 spécimens en Inde.

  • Les éléphants de savane d’Afrique représentent moins de 10% de leur population historique, alors que les éléphants de forêts ont perdu 62% de leur effectif entre 2002 et 2011. Les éléphants d’Asie ont quant à eux vu leur aire de répartition historique réduire de 85%.

  • Trois des quatre espèces de girafes ont connu un déclin de leur population de 52 à 97% en 35 ans.

  • Les léopards ont perdu jusqu’à 75% de leur aire de répartition historique, voire 97% en ce qui concerne six des neuf sous-espèces.

  • Il reste moins de 2 000 pandas dans le monde et ils n’occupent plus que 1% de leur habitat historique, exclusivement en Chine.

  • Les guépards ne vivent plus que sur 9% de leur aire de répartition historique en Afrique et il ne reste plus que 100 guépards asiatiques.

  • L’abondance des ours polaires reste mal connue. Le peu de données existant pour quelques populations indiquent un déclin particulièrement sévère.

  • Les loups ont perdu un tiers de leur aire de répartition historique. Ils ont presque disparu en Europe de l’ouest et aux États-Unis.

  • Deux des quatre sous-espèces de gorilles ne comptent plus que quelques centaines d’individus, tandis que les deux autres sous-espèces ont pratiquement disparu.

En outre, les chercheurs estiment que la préférence constatée pour les dix espèces sus-citées viendrait du fait qu’il s’agisse de grands mammifères, comme les êtres humains. Mais il ne faudrait surtout pas oublier d’agir pour les animaux moins célèbres, qui sont également, sinon plus, en danger.

Pour plus d’informations :

Cette étude invite à porter un regard neuf sur les objets et les images représentant nos animaux préférés que l’on rencontre au quotidien. La médiatisation des espèces n’est pas une mauvaise chose en soi, cependant il y a moyen de mieux en parler pour transmettre les messages importants, relatifs à leur statut de conservation.

Informer et éduquer restent les mots d’ordre. C’est pourquoi EVI s’engage auprès des écoles. De plus, pour instruire, le divertissement n’est pas condamnable, au contraire. Il existe de nombreux films (documentaires ou d’animation), livres et jeux éducatifs qui mettent un point d’honneur à sensibiliser le public aux causes animales et environnementales. Dans cette lignée, EVI propose un magazine illustré, rempli de dessins, d’histoires et d’articles, destiné à partager des problématiques liées à la faune sauvage et à la nature sous un format original.

Floriane Boyer, rédactrice EVI.

J’ai toujours été une fervente lectrice de fantasy et de science-fiction. J’aime explorer de nouveaux univers, peuplés de héros qui sauvent le monde. Et puis, en grandissant, j’ai compris que nous avions déjà un monde à sauver, bien réel celui-là, et que nous pouvions tous être des héros, à notre façon. Je suis fière de mettre ma plume au service de cette noble cause qu’est la protection de notre planète

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