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Retour sur les temps forts de la COP 23

Du 6 au 17 novembre 2017 s’est tenue la 23e Conférence des Parties (COP23) à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) à Bonn en Allemagne sous la présidence des îles Fidji.

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Quels enjeux pour cette COP 23 ?

Le but premier de cette COP 23, tout comme la COP 22, était de définir les règles d’application de l’Accord de Paris signé en 2015. Ces règles seront signées en 2018 à la COP 24 en Pologne et mises en œuvre en 2020.

Pour rappel, l’objectif principal de l’Accord de Paris est d’endiguer l’augmentation de la température moyenne de la planète en dessous de 2 degrés voire idéalement de 1,5 degrés par rapport aux niveaux pré industriels (avant 1750) et ce dans le but de réduire les risques et les effets du changement climatique.

Pour le moment, les engagements des pays pris à Paris en 2015 sont encore insuffisants et nous conduisent vers une augmentation de 3 degrés.

L’ONU avertit même dans son dernier rapport qu’un nouveau record de concentration de dioxyde de carbone dans l’atmosphère a été observé en 2016 et qu’il s’agit du niveau le plus élevé depuis 800 000 ans.

Il est donc impératif que les pays accélèrent leurs décisions, évaluent à la hausse leur ambition et passent à l’action.

Les avancées

Le «Dialogue de Talanoa »

Lancé par les îles Fidji, le mot Talanoa fait référence à une dialogue participatif et transparent. Ce dialogue s’inscrit dans cette nécessité de réévaluer les engagements de chacun. Il va se poursuivre jusqu’à la COP 24 en Pologne et vise à dresser le premier bilan mondial des efforts collectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, de définir des solutions et d’envisager d’augmenter les ambitions de chaque pays à la COP 24 pour pouvoir réellement atteindre le but de 2 degrés.

Alliance pour la sortie du charbon

Le « Powering Past Coal Alliance » ou « l’Alliance pour faire du charbon une énergie du passé » a été lancée par le Canada et le Royaume-Uni. Cette coalition réunit 20 pays ainsi que des collectivités locales. Elle prévoit la fermeture de toutes leurs centrales à charbon d’ici dix à quinze ans. Parmi les pays membres, l’alliance compte notamment : la France, le Canada, le Royaume-Uni, la Belgique, l’Italie, les Pays-Bas, le Danemark, la Nouvelle-Zélande, le Portugal, le Costa Rica, Finlande ou encore l’Angola ainsi que des états américains.

Problème : les pays ayant le plus recours au charbon tels que la Chine, l’Inde, les États-Unis, l’Allemagne et la Russie sont absents de cette coalition.

Pourtant, le charbon est au cœur du changement climatique. Il constitue la première source mondiale d’électricité (40%) alors qu’il est le plus nuisible pour le climat. En effet, le charbon émet 1,5 fois plus de CO2 que le gaz et, 1,3 fois plus que le pétrole.

«Ocean Pathway»

Nous savons aujourd’hui que le lien entre océan et changement climatique est important, mais c’est seulement avec l’Accord de Paris que pour la première fois le rôle crucial de l’océan en tant que régulateur du climat a été reconnu dans un accord international.

Photo by Clem Onojeghuo on Unsplash

Afin d’aller plus loin et d’intégrer définitivement les problématiques liées à l’océan dans les politiques climatiques internationales, la COP 23 a mis en place le partenariat «Ocean Pathway » qui aspire d’ici 2020 à renforcer les possibilités de financement pour sauvegarder les océans et les écosystèmes marins mais aussi à encourager l’intégration de programmes liés à la protection des océans dans les plans d’actions nationaux des signataires de l’Accord de Paris.

Désormais, l’océan s’inscrit donc dans les priorités de l’agenda climatique.

Pour en savoir plus sur l’importance des océans sur le climat : 30 fiches scientifiques Océan et climat de l’Ocean and Climate platform.

America’s Pledge

Depuis juin 2017 et la décision de Donald Trump de retirer les États-Unis de l’Accord de Paris alors qu’il s’agit du deuxième plus gros émetteur de CO2 derrière la Chine, l’inquiétude sur l’avenir de la planète était de mise.

Heureusement, de nombreuses villes, États, entreprises et universités américaines ont décidé de poursuivre leur engagement d’atteindre les objectifs climatiques de l’Accord de Paris malgré la décision du président. Dès juillet 2017, Michael Bloomberg, ancien maire de New York, et le gouverneur californien Jerry Brown ont lancé l’initiative America’s Pledge dans le but de regrouper et évaluer les actions mises en place aux États-Unis.

À l’occasion de la COP 23, Michael Bloomberg et Jerry Brown ont communiqué le premier rapport sur l’importance de l’action des acteurs non fédéraux aux États-Unis. Cet engagement de la part des secteurs privés et publics américains est important car si ils étaient un pays, les acteurs non fédéraux représenteraient la troisième plus grande puissance économique au monde. Le poids de cette coalition n’est donc pas négligeable.

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Programme de travail sur l’agriculture et la sécurité alimentaire

Depuis plusieurs années, la mise en place d’un programme de réflexion sur l’agriculture et la sécurité alimentaire est vivement réclamée. Ainsi, pendant trois années, des réunions d’experts et des ateliers vont être mis en place dans le but de discuter des questions techniques pour réduire les émissions de gaz à effets de serre et de la mise en œuvre d’une transition agricole. À l’issue de ces trois années, un rapport devra être présenté à la COP 26 en 2020.

La question de l’agriculture est intrinsèquement liée à celle de la sécurité alimentaire. L’enjeu est double :

  • D’une part l’agriculture intensive est coupable d’un quart des émissions de gaz à effet de serre dans le monde voire d’un tiers si l’on considère l’ensemble du système alimentaire, c’est-à-dire de la production à la consommation. Elle doit donc s’adapter.

  • D’autre part, le changement climatique impacte fortement l’agriculture et menace la sécurité alimentaire mondiale.

L’adaptation du système agricole actuel est donc d’une importance capitale que ce soit pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ou pour assurer la sécurité alimentaire. D’autant plus que l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a récemment publié un nouveau rapport sur l’état de la sécurité alimentaire dans le monde. Selon ce rapport, le nombre d’êtres humains qui souffrent encore de la faim en 2017 a augmenté pour la première fois depuis 10 ans. Ainsi, même si aujourd’hui nous produisons assez de nourriture pour nourrir 12 milliards d’êtres humains, 815 millions souffraient encore de la faim en 2016. Pour la FAO, cette augmentation est liée aux changements climatiques et à la hausse des conflits qui sont eux-mêmes de plus en plus liés à l’épuisement des ressources naturelles.

À ce programme, s’ajoute la mise en place d’un fonds par le gouvernement norvégien, la multinationale Unilever et d’autres partenaires pour développer une agriculture plus performante et une gestion durable des forêts.

Projet de conservation des eaux de la plaine du Saïss

Ce projet a vu le jour en 2016. Il a pour objectif de construire un adducteur primaire de 125 km entre le barrage M’dez et la plaine de Saïss dans le nord du Maroc afin de stopper la surexploitation des ressources en eau de la plaine. Ce projet permettra une distribution plus durable de l’eau douce et d’orienter vers une agriculture plus adaptée.

À l’issue de la COP 23, le Fonds vert pour le climat (FVC) et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement dotent le projet de 37 millions de dollars.

Plan d’action en faveur de l’égalité des sexes

Le lien avec le climat est peut-être difficile à identifier de premier abord pourtant, les femmes sont particulièrement impactées par le changement climatique notamment en Asie et en Afrique. Par exemple, le Journal de l’environnement évoque dans un article les conséquences dramatiques que peuvent avoir les sécheresses dans les zones rurales d’Afrique sur la physiologie des femmes. Il déclare que :

« Les femmes nées pendant des périodes de sécheresse intense sont de plus petites tailles, reçoivent une instruction moins poussée, et ont finalement moins de ressources à l’âge adulte. Plus étonnant, elles transmettent ces déséquilibres à leurs enfants, qui sont plus susceptibles de souffrir de malnutrition et de maladies diarrhéiques.»

Paradoxalement, elles sont très peu représentées dans les discussions et prises de décisions sur le sujet. Ainsi, un plan d’action en faveur de l’égalité des sexes a été adopté cette année afin de remédier à ce problème.

« Le plan d’action créé dans le cadre du programme de travail de Lima relatif au genre a pour objet de faire en sorte que les femmes participent pleinement, réellement et sur un pied d’égalité et de promouvoir des politiques climatiques favorisant l’égalité des sexes et l’intégration d’une perspective de genre dans la mise en œuvre de la Convention et l’action des Parties, du secrétariat, des entités des Nations Unies et de l’ensemble des parties ». Extrait du texte officiel.

Plateforme des peuples autochtones et des communautés locales

Le but de cette plateforme est de soutenir le rôle important des peuples autochtones dans l’action climatique ainsi que le respect des droits de ces peuples.

Pour en savoir plus, n’hésitez pas à lire l’article dédié à ce sujet.

Les engagements des nations industrielles restent insuffisants

L’année 2017 a été le théâtre de nombreuses catastrophes climatiques partout dans le monde (ouragans, inondations et sécheresses). Pourtant aucune mesure significative n’a été prise pour aider les pays les plus vulnérables. Au contraire, les négociations concernant le financement des «pertes et dommages» ont été repoussées à 2018.

Les pays développés ne s’engagent pas suffisamment au niveau financier. Initialement, l’Accord de Paris prévoit un financement de 100 milliards de dollars par an à partir de 2020. Malheureusement, nous sommes actuellement loin de cette somme.

Or, les engagements financiers des pays développés sont indispensables pour que les pays en développement s’adaptent tout en poursuivant leur essor, mais aussi pour qu’ils puissent faire face aux aléas climatiques dont ils sont davantage victimes.

Le Sommet international sur le climat prévu le 12 décembre à Paris est une nouvelle chance pour les pays développés de prendre leurs responsabilités et d’envisager de nouveaux engagements financiers.

Pour en savoir plus sur la COP 23 consultez les sites officiels de la COP 23 et de l’CCNUCC

Allison Demailly, rédactrice EVI.

Allison_Demailly

Enfin diplômée et passionnée de nature depuis toujours, je souhaite désormais me consacrer aux causes qui me tiennent particulièrement à cœur. Dans une société où tout va à cent à l’heure et où les préoccupations du quotidien nous éloignent des dégâts causés à la planète, il est important de multiplier les actions afin d’informer et de sensibiliser les personnes au monde qui nous entoure. Une harmonie est possible entre l’homme et la nature. Il suffit que chacun y mette sa patte.

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