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Des routes écolos en plastique 100% recyclé

L’avenir de l’urbanisme se veut plus écologique. Bientôt, nous roulerons sur des routes synthétiques, construites avec nos déchets plastiques recyclés. Le projet PlasticRoad, de la société néerlandaise VolkerWessels, souhaite ainsi donner une seconde vie aux détritus plastiques polluant nos océans, sonnant au passage le glas des routes en asphalte, produites à partir de dérivés pétroliers.

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Adieu l’asphalte, place aux routes en déchets plastiques recyclés

Le projet PlasticRoad nous propose de faire un pas dans le futur, où nos routes seront en plastique tout en étant beaucoup moins polluantes pour l’environnement. Ces nouvelles routes, 100% en plastique recyclé, se veulent plus vertes que nos routes traditionnelles en bitume, et offrent de nombreux avantages.

Le principe est simple : il consiste à récupérer et transformer nos déchets plastiques non-biodégradables. Les déchets sont broyés, puis compactés pour créer des plaques modulaires. Préfabriquées en usine, ces plaques ou sections de route sont ensuite transportées vers le chantier et assemblées sur place, comme dans un jeu de construction.

La construction des routes en plastique est alors plus facile et plus rapide. Un chantier de plusieurs mois pourrait se faire en quelques semaines et devient possible sur des terrains difficiles ou sablonneux. Le plastique étant moins lourd que le bitume, le transport des plaques jusqu’au chantier requiert moins de carburant. De par leur légèreté, les routes en plastique font aussi moins de pression sur le sol.

Les routes synthétiques sont beaucoup plus solides. Elles ont une plus grande résistance thermique (entre -40 et -80°C) et ne s’abîment pas facilement : elles ont une meilleure résistance aux aléas météorologiques et à l’usure due au poids des voitures. Si bien qu’on ne verra jamais de nids-de-poule sur ce type de route.

Elles gagnent donc en durabilité par rapport à leurs homologues en asphalte : elles ont une durée de vie jusqu’à trois fois plus longue. L’entretien des routes se fera à la fois plus rare, plus facile et plus rapide : il suffit de changer les plaques endommagées.

À ces avantages, s’ajoutent la possibilité d’accumuler d’autres innovations : des routes silencieuses, à énergie solaire, ou encore productrices d’énergie. Les routes en plastique ont une structure creuse, ce qui permet la pose de câbles électriques – pour faciliter l’éclairage urbain –, de fibres optiques, de canalisations pour évacuer l’eau de pluie et les eaux usées, et de toutes sortes de capteurs.

Des routes plus écologiques

Cela semble contradictoire, pourtant les routes en plastique sont non seulement une alternative avantageuse pour l’urbanisme, mais aussi pour notre planète.

Ces routes ont pour ambition de contribuer à la préservation de l’environnement et à la lutte contre le réchauffement climatique. Elles valorisent en effet des plastiques déjà existants, alors que construire et réparer les routes classiques en asphalte alimente l’industrie du pétrole, source de gaz à effets de serre.

Les routes en plastique se présentent comme une solution au problème de gestion et de traitement des déchets en plastique, qui mettent des siècles à se dégrader, s’entassent dans nos décharges ou envahissent les océans. Une telle revalorisation des plastiques permettra de réduire considérablement la masse de déchets.

Le projet PlasticRoad participe d’ailleurs à la dépollution des océans, en s’attaquant au fameux septième continent de plastique, cette immense étendue de détritus flottant dans nos océans. La société VolkerWessels veut effectivement fabriquer ses routes à base de matières plastiques repêchées dans l’océan grâce à des bateaux ramasseurs de déchets.

Les conducteurs y trouveront aussi leur compte : les routes en plastique sont par nature poreuse et offrent moins d’adhérence, ce qui réduira la consommation d’essence. Une bonne nouvelle pour le porte-monnaie… et pour l’environnement.

Pays-Bas, Inde, Mali, tous adoptent les routes en plastique

Le projet PlasticRoad promet une belle révolution. Afin que cela ne se fasse pas au détriment de la sécurité des conducteurs, il doit encore passer une batterie de tests de résistance aux poids lourds et de tests d’adhérence, en particulier en cas de mauvais temps. La ville de Rotterdam aux Pays-Bas, première à mettre en place ce projet urbain, sera donc observée de près par d’autres villes intéressées.

Le prix de construction, environ 3% plus élevé, est un peu dissuasif. Mais il est compensé par les bénéfices à long terme : le coût d’entretien est réduit, de même que l’empreinte écologique. Cette nouvelle technologie pourrait donc faire son apparition dans d’autres villes du monde, pour peu qu’elle tienne ses promesses.

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Recycler les déchets plastiques en route, c’est une idée peu banale, mais pas nouvelle. En Inde et en Afrique, de nombreux projets de route en plastique ont déjà vu le jour. Dans ces pays, le plastique est une alternative plus économique et plus écologique que le bitume.

Rajagopalan Vasudevan, un ingénieur et chimiste indien surnommé « Plastic Man », a inventé un bitume polymérisé, c’est-à-dire un mélange de bitume et de matières plastique fondues, telles des bouteilles, des emballages ou des sachets. Le revêtement de ses routes contient 10% de plastique recyclé. Au bout de huit ans, une telle route synthétique est à peine abÎmée, contrairement à une route classique.

Le recours au plastique pour réparer ou construire les routes a en effet le mérite de les rendre plus résistantes à l’usure et aux moussons, ces pluies saisonnières en Asie. En effet, le plastique fait fonction de liant, c’est-à-dire qu’il rend le bitume plus élastique. Il empêche aussi l’infiltration de l’eau.

Toujours en Inde, dans la ville de Jamshedpur, la société Jamshedpur Utility and Services Company, a construit une cinquantaine de kilomètres de routes à partir de plastique recyclé. Les déchets sont collectés dans la ville, réduits en miettes et incorporés dans le bitume. À terme celui-ci contient 20 à 30% de plastique, avec des bénéfices pour la population locale et l’environnement : réduction de la pollution urbaine et de la pollution atmosphérique.

Des pays africains, comme le Mali, qui sont malheureusement envahis par les sachets plastiques, ont eux aussi compris le potentiel des routes synthétiques. Au Mali, le gouvernement a mis en place une politique de recyclage, où la population est encouragée à ramasser les déchets plastiques en étant rémunérée.

Les déchets sont ensuite brûlés et mélangés à du sable pour créer une matière particulièrement solide, similaire à du goudron. Cette initiative a un impact positif sur la société, en mobilisant les classes les plus pauvres, qui sont aussi les plus vulnérables face à la pollution.

Un risque pour l’environnement à long terme ?

L’ère des routes en plastique pourrait commencer demain. Or cette perspective n’est pas forcément vue d’un œil favorable. Les routes synthétiques suscitent de nombreuses inquiétudes quant à leurs risques potentiels pour l’environnement à long terme. Car elles sont certes plus durables, mais elles ne sont pas éternelles. On leur reproche de ne pas éliminer le problème des déchets plastiques, mais simplement de le déplacer et de le retarder.

Le plastique, au lieu de disparaître, peut en effet se dégrader en microparticules par érosion. C’est un problème que nous connaissons, mais que nous ne maîtrisons toujours pas. Il représente une menace pour la biodiversité et pour notre santé : les microparticules peuvent se retrouver dans les organismes.

Comment exactement vont se dégrader ces routes au fil du temps, en subissant le passage des voitures et les conditions météorologiques ? Quelles conséquences les particules de plastique relâchées dans l’air et entraînées par les eaux de pluie auront-elles sur l’environnement ? Ces questions essentielles méritent des réponses, avant peut-être de se lancer dans un vaste lifting de notre réseau routier. L’environnement est en jeu.



Floriane Boyer, rédactrice EVI.

J’ai toujours été une fervente lectrice de fantasy et de science-fiction. J’aime explorer de nouveaux univers, peuplés de héros qui sauvent le monde. Et puis, en grandissant, j’ai compris que nous avions déjà un monde à sauver, bien réel celui-là, et que nous pouvions tous être des héros, à notre façon. Je suis fière de mettre ma plume au service de cette noble cause qu’est la protection de notre planète.

 

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