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Stop à l’exploitation des lions élevés dans des fermes en Afrique du Sud et au commerce de leurs os

Le lion, roi de la jungle, est un animal emblématique de la faune sauvage africaine et est admiré dans le monde entier. Malheureusement, ce succès a également contribué à son exploitation. En Afrique du Sud, les lions sont au cœur d’une industrie touristique, sportive et commerciale très lucrative au point que le pays compte actuellement plus de lions captifs (7000) que de lions sauvages (2500). On dénombre pas moins de 200 fermes et établissements d’élevage qui exploitent légalement l’animal de sa naissance à sa mort à travers diverses activités dont la plus cruelle : la chasse «en boîte» ou dite aussi «en conserve».

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© Pippa Hankinson

Les lionceaux au cœur de l’industrie touristique et du volontariat

Comme les animaux d’élevage, les lions sont reproduits de manière intensive. Ainsi, une lionne captive donne naissance deux à trois fois dans l’année au lieu d’une fois tous les deux à trois ans à l’état sauvage. La séparation entre la mère et son petit à seulement 10 jours est brutale, car à l’état sauvage ils resteraient ensemble durant un an et demi, mais cette séparation permet à la lionne de devenir de nouveau prête à la reproduction. Les lionceaux, quant à eux, sont placés dans des zoos payants dont les profits financent les fermes et sont mis à disposition des touristes qui pourront les nourrir, les caresser et se prendre en selfie à leur côté.

Pour s’occuper des lionceaux, des programmes de volontariat sont mis en place durant lesquels les volontaires croient que les petits ont été abandonnés par leur mère et seront réintroduits dans la nature. Cette activité est devenue l’une des plus rentables pour les fermiers. Selon Blood Lions, un volontaire paie environ 2 400$. Un établissement peut alors gagner environ 100 000 dollars en quelques mois. De plus, les volontaires contribuent à apprivoiser le lionceau et à en faire une cible plus facile pour la chasse en boîte.

Plus grand, le lionceau est ensuite utilisé pour accompagner des touristes en promenade. Une fois considéré comme potentiellement trop dangereux pour ce type d’activité, il retourne alors à la ferme d’élevage jusqu’à atteindre le poids permettant de le chasser.

Les lions provenant de ces fermes peuvent également être vendus à des collectionneurs privés au Moyen et Extrême-Orient, dans des zoos privés et publics du monde entier et à des cirques à l’image du cirque Pinder.

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© Ian Michler

Qu’est ce que la chasse en boîte ou en conserve (canned hunting) ?

Cette pratique consiste à chasser un animal dans un espace clos, sans possibilité pour lui de s’échapper. Elle n’est pas propre à la chasse aux lions et existe pour de nombreux animaux africains : léopard, guépard, puma, girafe, rhinocéros ou encore buffles.

Les chasseurs choisissent via un site internet le lion qu’il désire tuer. Avant l’arrivée du chasseur, l’animal est généralement déposé aux abords d’une carcasse et mit sous calmants afin de ne pas trop s’éloigner. Issus des fermes d’élevage et habitués à l’homme depuis toujours, ces lions ne se méfient pas de l’homme, il est donc très facile pour le chasseur de le tuer, parfois à bout portant.

Selon Blood Lions, alors que pour la chasse d’un lion sauvage en Tanzanie, un chasseur devra débourser en moyenne 76 000 dollars, rester une vingtaine de jours pour un taux de réussite de 61 %, pour 19 000 dollars, la chasse en boîte permet en 3 jours un taux de réussite de 99 %. Cette pratique rend la chasse aux prédateurs encore plus accessible et plus simple.

Ainsi, chaque années 800 à 1000 lions élevés en captivité sont tués en Afrique du Sud par des chasseurs de trophées et représente 95 % des lions tués en Afrique du Sud.

L’exploitation des lions à des fins commerciales : aucun bénéfice en terme de conservation

Les fermiers déclarent agir pour la conservation des lions en soulageant la population sauvage de la pression liée à la chasse, mais aucune donnée ne permet à l’heure actuelle d’appuyer cette affirmation.

Au contraire, la population de lion en Afrique ne cesse de décliner. La moitié des lions sauvages d’Afrique auront disparu d’ici 2035 portant la population à seulement 10 000 individus au lieu de 200 000 il y a 50 ans et l’espèce risque même de s’éteindre d’ici 2050. Le lion est classé au statut de vulnérable selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

En aucun cas, ces fermes ne peuvent se prévaloir de participer à la conservation et la protection des lions en Afrique. Des lions apprivoisés et sujet à la consanguinité ne sont pas adaptés à des programmes de réintroduction. L’argent des touristes et des volontaires ne servent qu’à financer la ferme et non des programmes de conservation.

De plus, la chasse en conserve constitue un nouveau marché pour les chasseurs. Son prix plus abordable, permet à des chasseurs ayant moins de moyens de venir chasser en Afrique. Et les fermes exercent aussi une pression sur les populations sauvages en prélevant régulièrement des lions sauvages afin de réduire la consanguinité au sein de leur établissement. Enfin, le commerce des os de lions captifs ne fait qu’ajouter une nouvelle menace à la population sauvage à cause du développement d’un commerce illégal.

En 2007, l’Afrique du Sud avait adopté une loi réglementant les fermes et la chasse en conserve. Celle-ci prévoyait notamment l’obligation pour les grands prédateurs de pouvoir vivre librement deux ans avant de pouvoir être chassés. Cependant, elle a été annulée par la cour suprême locale en 2010.

Depuis, aucune mesure n’a été proposée afin de réglementer et d’enrayer le développement de ces fermes. Pourtant, si les reproductions dans les fermes continuent à ce rythme, il est possible qu’il y ait 12 000 à 15 000 lions captifs en 2020.

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© CACH

L’exportation des os de lions en Asie…

L’exploitation des lions se poursuit même après leur mort. La priorité est au profit. Aucune partie de l’animal n’est perdue.

Après que le chasseur est obtenu la tête et la peau, les carcasses sont ensuite vendues en Asie pour la médecine traditionnelle chinoise. Ce marché est nouveau. Les os de lions sont utilisés comme une alternative aux os de tigre, aujourd’hui en voie d’extinction en raison de leur exploitation pour la médecine. En effet, les os de tigre sont utilisés depuis 1000 dans la médecine traditionnelle pour l’élaboration d’un vin d’os utilisé pour soigner les affections articulaires et osseuses telles que les rhumatismes et l’arthrite.

Selon la Convention sur le commerce international des espèces sauvages menacées d’extinction (CITES) 1094 carcasses ont été exportées d’Afrique du Sud à l’Asie en 2013 contre 287 en 2010. Le nombre d’exportations tend à augmenter. C’est pourquoi, lors de la 17e Conférence des Parties de la CITES, une coalition de 10 pays africains de l’aire de répartition du lion a proposé le transfert du lion de l’annexe II (commercialisation autorisée, mais nécessite un permis) à l’annexe I (interdiction de commercialisation). Malheureusement, sous la pression de pays en faveur du commerce et de la chasse aux trophées dont l’Afrique du Sud, la proposition a été refusée. En revanche, la commercialisation de parties issues de lions sauvages a été interdite tandis qu’un quota doit désormais être établi annuellement pour les parties issues de lions d’élevage.

Pour en savoir plus sur la CITES, consultez notre article La CITES : une convention sur le commerce des espèces.

…un danger pour les lions sauvages

Outre la fragmentation et la destruction de leur habitat, le braconnage est également un facteur du déclin de la population des lions d’Afrique.

La décision de la CITES, en plus d’encourager la création de fermes d’élevage dans d’autres pays, encourage également le trafic illégal d’os de lion. Comme cela est le cas pour de nombreuses espèces, le commerce légal favorise une hausse de la demande et le développement d’un marché parallèle illégal alimenté par le braconnage des lions sauvages. Selon Julie Lasne, éthologue et responsable de l’association Campaign against canned hunting (CACH) en France, plus d’un millier de carcasses de lions a déjà été exporté illégalement au Vietnam pour leur os.

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© CACH

Comment s’impliquer pour la fin des fermes d’élevage de lions, de la chasse en boîte et du commerce des os ?

Signer des pétitions

Lions en danger stop à la chasse aux trophées.

Stop à l’exploitation des lions élevés en captivité (en anglais, français et espagnol).

Ne pas financer les fermes en tant que touriste ou volontaire et sensibiliser votre entourage à ces pratiques

Avant de participer à un programme de volontariat, renseignez-vous un maximum sur la structure d’accueil notamment via les réseaux sociaux. Vous pouvez également consulter l’onglet Ethical Travel du site de l’association CACH qui liste des associations, des tours opérateurs et des organismes touristiques qui ne sont pas liés à l’élevage des lions et à la chasse en boîte.

Contacter les instances compétentes

N’oubliez pas de baser votre argumentaire sur des commentaires constructifs ainsi que des faits et des chiffres sérieux. Vous pouvez vous inspirer de notre article, du documentaire Blood Lions, des informations du site de l »association CACH ou vos recherches personnelles.

Contre l’élevage des lions et la chasse en boîte vous pouvez contacter :

  • Le gouvernement de l’Afrique du Sud via son directeur des communications Mr Albi Modise AModise@environment.gov.za

  • L’ambassade d’Afrique du Sud présent dans ton pays.

  • Mr Thulani Nzima, directeur général du tourisme en Afrique du Sud Thulani@southafrica.ne

  • L’association des chasseurs professionnels d’Afrique du Sud via ce formulaire.

  • Votre gouvernement ou le secrétariat général de la Commission Européenne pour demander l’interdiction de l’importation des trophées de lions. L’Australie et la France ont déjà interdit l’importation de trophées de lions.

Contre le commerce des os de lion et pour une meilleure protection des populations des lions en Afrique vous pouvez contacter :

La CACH met également à votre disposition d’autres adresses mails ainsi que des exemples d’arguments que vous pouvez réutilisés. ICI (en anglais).

Pour en savoir plus

Le reportage Blood Lions, sorti en 2015 et réalisé par Bruce Young et Nick Chevallier, a dévoilé cette pratique jusqu’alors peu connue du grand public. Vous trouverez de nombreuses informations sur la page officielle du documentaire et des extraits sont disponibles gratuitement sur la page dédiée au film sur Youtube. Pour le moment, le film est disponible partout dans le monde mais uniquement en anglais.

Le site de l’association Campaign against canned hunting et la page Youtube de Julie Lasne, représentante de l’association en France (en anglais). Alors que nous vous parlions la semaine dernière de la recommandation de l’Ordre National des Vétérinaires d’interdire les cirques avec des mammifères sauvages, dans cette vidéo, Julie Lasne représentante de CACH en France met en lumière le lien entre fermes d’élevage et cirques.

Dans un épisode de l’émission Les Nouveaux explorateurs, l’archéozoologue, Perrine Crosmary s’intéresse à l’élevage et au commerce d’animaux sauvages en Afrique du Sud et notamment à la chasse en boîte à partir de la minute 19 et 58 secondes.

Allison Demailly, rédactrice EVI

Allison_Demailly

Dans une société où tout va à cent à l’heure et où les préoccupations du quotidien nous éloignent des dégâts causés à la planète, il est important de multiplier les actions afin d’informer et de sensibiliser les personnes au monde qui nous entoure. Une harmonie est possible entre l’homme et la nature. Il suffit que chacun y mette sa patte.

 

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