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Les super-arbres du futur, ces poumons verts dépolluant l’air urbain

Les innovations écologiques et high-tech dernier cri sont des murs végétaux et poussent dans nos villes, où ils purifient l’air pollué. Le CityTree, un mur tapissé de mousses, respire autant qu’une petite forêt. À Singapour, les visiteurs du parc Gardens by the Bay lèvent les yeux vers d’immenses super-arbres couverts de fougères. Au Pérou, un super-arbre en forme de cube combat la pollution urbaine dans la capitale.

Le CityTree, une mini-forêt dans nos villes

Le CityTree, malgré son nom, ne ressemble pas tout à fait à un arbre. C’est un mur végétal, fait de 1 600 pots de mousses naturelles et de petites plantes vivaces adaptées à notre climat. Il aurait, d’après la start-up berlinoise Green City Solutions qui l’a conçu, autant de bénéfices pour l’environnement qu’une forêt.

citytreeLe CityTree filtre l’air et absorbe les polluants urbains dangereux pour la santé, tout en prenant un minimum de place. Cette petite structure mobile, de 4 mètres de haut sur 3 mètres de largueur et 60 cm d’épaisseur, s’adapte parfaitement à l’architecture urbaine. D’une valeur de 25 000 €, le CityTree se présente comme une alternative à l’implantation d’arbres en ville, qui n’est pas évidente en raison du manque de place.

Grâce à la surface optimale de contact avec l’air offerte par les feuilles des mousses, un seul CityTree peut absorber 250 g de particules fines et de dioxyde d’azote par jour, soit 240 tonnes équivalent carbone par an. C’est autant que 275 vrais arbres !

Il agit comme un purificateur d’air, car il transforme les particules nocives, qui font office de nutriments pour les plantes, en matière organique, ou biomasse, et rejette de l’oxygène. Cet arbre pourrait ainsi compenser la pollution engendrée par 417 voitures par an. C’est un moyen de lutter contre les émissions de gaz à effet de serre et donc d’atténuer le changement climatique.

Le CityTree est une innovation écologique, mais aussi esthétique et technologique. Il ambitionne d’améliorer la qualité de l’air et la qualité de vie des habitants. Il apporte verdure et fraîcheur dans les villes, des conditions pour la bonne santé et le bien-être mental. Il filtre jusqu’à 30% de particules dangereuses dans un rayon de 50 mètres autour de lui, dont 15% de dioxyde d’azote.

Il absorbe aussi la chaleur et la disperse : l’air purifié est donc rafraîchi jusqu’à 17°C dans un rayon de 5 mètres. Grâce aux bancs installés au pied du CityTree, les passants peuvent venir se détendre et prendre un bol d’air frais. Le CityTree pourrait permettre de réduire l’utilisation de la climatisation et donc la consommation énergétique.

Parfaitement dans l’air du temps, ce mur végétal est connecté ! Il propose un point d’accès WiFi, une station de recharge pour vélo électrique, des bornes Bluetooth et NFC, ou encore des codes QR. Il dispose d’écrans pour l’affichage publicitaire ou d’informations.

Il possède toute une ribambelle de capteurs WiFi, surveillant la qualité de l’air, l’humidité, la température et la qualité de l’eau. Les données recueillies serviront à évaluer l’efficacité de la structure, en ce qui concerne notamment son potentiel dépolluant. Les capteurs assureront aussi la durabilité du mur végétal en programmant l’arrosage des plantes et des mousses en cas de sécheresse, et en maintenant de bonnes conditions pour leur croissance.

Le CityTree est complètement autonome. Il produit sa propre énergie grâce à des panneaux solaires, qui alimentent les capteurs et la pompe d’arrosage. L’eau d’arrosage, justement, provient d’un réservoir de récupération d’eau de pluie, d’une capacité de 1 000 litres.

Associant confort et écologie, cet arbre urbain a déjà séduit plusieurs villes qui voient en lui un moyen de compenser le manque d’espaces verts et de réduire la pollution de l’air. Des dizaines de CityTrees s’alignent dans les rues de Berlin ; 3 CityTrees se dressent Place de la Nation à Paris ; un autre au Mont de Arts à Bruxelles. On en trouve aussi à Oslo, Londres et Hong Kong. En tout, vingt CityTrees ont déjà pris racine de par le monde.

À l’essai dans toutes ces villes, les CityTrees doivent encore faire preuve de leur efficacité. Ses concepteurs envisagent de l’implanter dans des pays du tiers-monde fortement pollués, comme l’Inde, et de l’incorporer dans des bâtiments.

Les super-arbres futuristes de Singapour

À défaut des jardins suspendus de Babylone, nous pouvons admirer les jardins verticaux de Singapour : 18 super-arbres se dressent au bord de la baie de Singapour depuis 2015. Ces géants de 25 à 50 mètres de haut, couverts de plantes, sont une vision proche de l’irréel et font le plus grand bonheur des touristes et des singapouriens. Des passerelles font le pont entre les impressionnantes structures, donnant une vue époustouflante sur le parc en contrebas.

La cité-État, modèle en matière de développement durable, veut prouver ainsi que l’expansion urbaine et le respect de l’environnement ne sont pas incompatibles. Les super-arbres de Singapour, une installation écologique érigée dans les 250 hectares de verdure que sont les Gardens by the Bay (Jardins de la baie), font respirer la ville.

Chaque tronc, une structure en béton et en acier, se tapisse de 150 000 plantes variées. On peut y trouver plus de 600 espèces originaires du monde entier, dont des fleurs tropicales et des fougères.

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© Mike Enerio on Unsplash

Onze des super-arbres sont munis de panneaux photovoltaïques. Ils fournissent de l’électricité pour le spectacle son et lumière qui a lieu la nuit, ainsi que pour l’éclairage et l’arrosage des serres du parc, nommées Cloud Forest (Forêt tropicale) et Flower Dome (Dôme des fleurs). Ils disposent d’un système de récupération de l’eau pluviale, et font office de conduits d’aération pour les serres en contrebas.

Ces serres en forme de fleur, où s’épanouissent quelques 220 000 plantes, abritent chacune un mini-écosystème artificiel contrôlé imitant des biomes (macro-écosystèmes ou zones de vie) terrestres. À l’intérieur de Cloud Forest, comme son nom l’indique, on découvre un climat tropical. On peut y admirer une flore exotique (fougères, orchidées, etc.) et une cascade de 35 mètres de haut. De son côté, le Flower Dome recrée un climat méditerranéen. Y poussent entre autres des oliviers âgés de 500 ans.

Les serres du parc Gardens by the Bay sont auto-suffisantes. La biomasse sert de source d’énergie durable pour la régulation thermique des bâtiments, ce qui assure le maintien du microclimat et préserve la santé des plantes.

Les super-arbres de Singapour s’inscrivent dans un vaste projet urbain visant à développer la cité-Etat tout en la rendant plus verte. 400 millions d’euros d’investissements ont été nécessaires, avec pour objectif de faire de Singapour une ville-jardin et une destination écotouristique phare.

Le gouvernement a fait part de son désir de promouvoir à travers ce projet le développement durable et la biodiversité, en faisant découvrir aux touristes des espèces végétales venues des quatre coins du monde.

Un « poumon géant » en forme de cube au Pérou

Depuis des années, les habitants de la capitale péruvienne profitent d’un super-arbre installé en pleine ville. Le monde entier a pu le découvrir à l’occasion du Sommet mondial sur le climat, un événement très médiatisé qui s’est tenu à Lima en 2014.

Ce super-arbre, ou « poumon géant », est un cube de 5 mètres de haut sur 3,5 mètres de longueur et 2,5 mètres de largeur, d’une valeur de 100 000 $. Il aspire l’air à travers des grilles situées en bas de la structure, à hauteur des pots d’échappement des voitures.

Derrière l’invention se cache un homme, Jorge Gutierrez, qui souhaite améliorer la santé de ses concitoyens et lutter contre le changement climatique. La capitale du Pérou souffre déjà d’une pollution de l’air chronique, et la situation pourrait s’empirer avec l’augmentation du trafic automobile. Selon lui, son « poumon géant » remplacerait 1 200 vrais arbres !

Le cube purifie 200 000 m3 d’air quotidiennement. Il filtre les gaz à effet de serre (dioxyde d’azote et dioxyde de carbone), les bactéries, les poussières et autres polluants de l’air : oxyde sulfureux, nitrate de potassium, amiante des plaquettes de frein des voitures, poussières de caoutchouc relâchées dans l’air par le frottement des pneus sur la route…

Une cheminée transfère l’air dépollué par le cube vers une petite cabine, semblable à une cabine téléphonique, où les passants viennent respirer un air frais et pur à pleins poumons.

La machine, encore à l’état de prototype, n’est pour l’heure pas autonome : elle fonctionne à l’électricité. Mais elle requiert seulement 2,8 kW par heure, soit une consommation énergétique très faible, équivalente à celle d’un aspirateur industriel. Elle consomme aussi 60 litres d’eau par jour.

D’après son concepteur, l’installation dépollue également l’eau, sans toutefois la rendre potable. L’eau qui sort du cube contient encore quelques particules toxiques, tels que le nitrate de potassium, mais peut être réutilisée sans risque pour l’arrosage des plantes.

L’inventeur espère installer prochainement 400 cubes dans les rues de Lima, et dans d’autres villes du monde. Il projette aussi de rendre son poumon géant plus propre encore en le faisant fonctionner à l’énergie solaire, et l’adapter pour un usage dans les hôpitaux, les écoles, près des exploitations minières, et chez des particuliers.

Les arbres du futur ?

L’engouement pour ces arbres révolutionnaires répond à une problématique accablante : la pollution atmosphérique est un fléau de notre époque. Ce tueur invisible ferait 7 millions de décès prématurés par an, selon l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé). Un bilan qui pourrait s’aggraver, car en 2050, deux tiers de l’humanité vivra en ville. Il devient vital d’adopter des stratégies de développement durable afin de rendre nos villes plus vertes, ce pour notre santé et pour l’environnement.

CityTree, super-arbres singapouriens, ou poumon géant à la mode péruvienne, les villes n’ont que l’embarras du choix. À chacune d’adopter son super-arbre préféré. Cette solution écologique futuriste porte les prémisses d’un avenir plus vert et plus sain, où la qualité de vie d’une population urbaine toujours croissante ira en s’améliorant.

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© Eric Parks on Unsplash

Cependant, ces arbres révolutionnaires s’attaquent aux conséquences du problème de pollution atmosphérique et non à sa source. Il faut poursuivre les efforts dans la transition énergétique et la transformation du mode de vie urbain, avec notamment des moyens de transports plus respectueux de l’environnement.

Enfin, ces super-arbres artificiels ne remplaceront jamais de vrais arbres, esthétiquement parlant et en termes de bénéfices pour la biodiversité. L’initiative reste cependant louable, car soucieuse de l’environnement et des enjeux posés par le réchauffement climatique. Elle mérite donc qu’on s’y intéresse.

Floriane Boyer, rédactrice EVI.

J’ai toujours été une fervente lectrice de fantasy et de science-fiction. J’aime explorer de nouveaux univers, peuplés de héros qui sauvent le monde. Et puis, en grandissant, j’ai compris que nous avions déjà un monde à sauver, bien réel celui-là, et que nous pouvions tous être des héros, à notre façon. Je suis fière de mettre ma plume au service de cette noble cause qu’est la protection de notre planète.

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