enfr

Un été sans pailles en plastique pour l’île grecque de Sikinos

Le 1er juin, la municipalité de Sikinos s’est engagée à bannir les pailles en plastique de son île au profit de leur équivalent biodégradable. La décision découle du programme environnemental « Sea Change », impulsé par la fondation A. C. Laskaridis. Ce partenariat mis en œuvre le 20 mai – journée européenne de la Mer – vise à lutter contre la pollution de la mer Méditerranée par les plastiques et ainsi à assurer la protection de son écosystème. Cette interdiction sera accompagnée d’une campagne éducative et d’actions de sensibilisation auprès de ses habitants et des commerces.

Le programme sera étendu aux autres îles des Cyclades dans les prochains mois.

Une initiative qui tombe à point nommé, avant l’arrivée de l’été. D’autant plus que les pailles en plastiques figurent à la 11ème place parmi les déchets les plus fréquemment retrouvés sur les plages grecques.

Le plastique, un matériau qui pèse lourd

D’après un rapport de l’ADEME d’octobre 2017, un français jetterait en moyenne 573 kg de déchets sur une année. Un accroissement engendré par l’évolution de nos modes de consommation en 40 ans : les produits que nous achetons sont de plus en plus éphémères. Obsolescence programmée, banalisation des produits plastiques à usage unique et du suremballage… cette culture du jetable à un coût.

Les emballages plastiques totalisent 26% du volume de production de plastique et constituent son usage le plus important sur le marché, selon une étude de la fondation Ellen MacArtur. Or, à l’heure actuelle, la valeur des matériaux d’emballages plastiques représente une perte économique de 95%, soit 80 à 120 milliards de dollars annuels. En 2016, seulement 14% étaient collectés dans le but d’être recyclés.

© Patricia Valério

Les institutions s’emparent du problème

La gestion des déchets plastiques est devenue une des préoccupations majeures ces dernières années et de nombreux gouvernements comprennent désormais la nécessité de basculer vers un modèle d’économie circulaire. En France, la loi de transition énergétique pour la croissance verte de 2015 signait la fin des sacs plastiques à usage unique dès 2017, à laquelle s’ajoutait plusieurs autres actions afin de réduire et valoriser les déchets.

La loi prévoit, en outre, de s’attaquer au cas des gobelets, couverts et assiettes jetables à partir de 2020. Une chasse aux plastiques qui semble s’intensifier, puisque la Commission Européenne tablerait sur l’interdiction d’une dizaine de catégories de produits du quotidien tels que les touillettes, cotons-tiges, pailles, vaisselles et autres ballons en plastique. Cette directive proposée le 28 mai dernier à pour objectif de promouvoir l’emploi de matières durables par les fabricants et les responsabiliser face au processus de gestion des déchets.

L’environnement marin comme principale victime

La situation alarmante des océans est sans aucun doute à l’origine de cette prise de conscience globale. En 2016 des études estimaient à plus de 150 millions de tonnes le nombre de déchets plastiques présents dans l’océan et les emballages plastiques comptabilisaient 62% de l’ensemble des objets récupérés lors des nettoyages menés sur les côtes internationales.

La vidéo devenue virale d’une tortue avec une paille en plastique coincée dans son nez est emblématique de ce fléau et des limites des systèmes de collecte des déchets. En effet, 32% des emballages plastiques seraient perdus durant la phase de collecte et se retrouveraient dispersés en pleine nature, et plus spécifiquement dans l’océan. Des chiffres d »autant plus inquiétant quand on sait que chaque année plus d’un million d’oiseaux marins et de 100 000 mammifères marins trouvent la mort à cause de cette pollution plastique.

Manque d’efficacité du recyclage

Bien que le recyclage soit une composante indispensable à la préservation de l’environnement (20 millions de tonnes de CO2 ont été évités grâce au recyclage en 2014), cette solution ne semble pas suffisamment performante pour enrayer le phénomène.

En 2018, encore deux milliards de personnes dans le monde n’ont pas accès aux dispositifs de tri et collecte de déchets. Dans son bilan national du recyclage, l’ADEME stipule qu’en 2014 uniquement 21,3% du gisement français de plastique post-consommation était pris en charge à des fins de recyclage. La France se situe donc dans les pays européens les moins efficaces, pour ce qui est du recyclage de déchets plastiques. Une étude menée par l’OECD montre de fortes disparités dans le traitement des différentes résines.

Les polytéréphtalate d’éthylène (PET) et le polyéthylène haute densité (PE-HD) bénéficient d’un taux de recyclage élevé (de 19% à 85%), tandis que pour d’autres comme le polypropylène (PP) et le polystyrène (PS/PSE), ce taux oscille entre 1% et 21%.

Certains types de résines n’apporteraient aucune rentabilité du fait de la faible qualité du plastique obtenu après recyclage. C’est celles que l’on retrouve généralement dans les films étirables, la vaisselle jetable, les pots de margarine et de yaourt, les pailles en plastique, les emballages alimentaires, les boîtes à œufs. Pour cette catégorie de résine, l’enfouissement ou l’incinération restent les alternatives privilégiées par les acteurs du secteur car moins coûteux.

La face cachée de l’iceberg

Le manque de débouchés économiquement viables n’est pas le seul frein au recyclage de ces plastiques. Cela s’explique également par le fait que des additifs dangereux sont bien souvent incorporés aux matières premières plastiques et peuvent être transférés dans le plastique recyclé.

Ces additifs présentent des risques pour la santé, notamment lorsqu’ils se retrouvent dans les emballages alimentaires. Lorsque certaines formes de plastiques sont effectivement recyclées (pour rappel : 21,3% seulement en France, 30% dans toute l’Europe en 2014), il y en a d’autres pour lesquelles ni le recyclage, ni l’incinération ou l’enfouissement n’est possible. Il s’agit des micro-billes dans les produits d’hygiène et de soin (savons liquides et gels douche, exfoliants, dentifrices) et des paillettes ajoutées dans les cosmétiques (vernis à ongles, fards à paupières, gloss et rouges à lèvres).

Ne vous laissez pas méprendre par leur minuscule taille car ces microplastiques sont l’un des plus gros poisons pour la faune et la flore maritime. Rincés dans l’évier une fois utilisés et d’un trop petit diamètre pour être tamisés lors du traitement des eaux usées, ceux-ci finissent par être rejetés en milieu naturel.

D’après les chiffres donnés par la Society for Conservation Biology, plus de 471 millions de micro-billes seraient rejetées dans la baie de San Francisco chaque jour par exemple. Le total cumulé sur une année pourrait recouvrir la surface d’un terrain de football et demi. Les microparticules qui en résultent sont avalées par de nombreuses espèces comme les mammifères marins, les tortues, oiseaux de mer, poissons et invertébrés qui ne les différencient pas du plancton. Hautement toxiques, les microplastiques peuvent provoquer des inflammations et lacérations du tube digestif, des nécroses cellulaires et perturber le système endocrinien.

Des moyens d’actions à l’échelle individuelle

Mais alors, que reste-t-il à faire pour endiguer cette pollution plastique ? Étant donné les lacunes du système actuel de collecte, tri et recyclage des déchets plastiques, il apparaît essentiel d’agir en amont. En repensant notre rapport au plastique et en revoyant notre façon de consommer, chacun d’entre nous peut en réduire les effets.

  • Je deviens consom’acteur :

    Je n’oublie pas mon tote bag pour faire mes courses et j’achète mes fruits et légumes en vrac.

    Au restaurant, bar ou café, je demande à ce qu’on me serve ma boisson sans y ajouter de paille.

    Lorsque je commande une boisson à emporter, j’amène avec moi un mug réutilisable pour qu’on me serve dedans.

    J’évite les soins contenant des micro-billes comme les gommages et j’opte pour une alternative naturelle comme le sel, le sucre ou encore le marc de café.

    Je troque mes brosses à dents et cotons tiges en plastique pour du bambou ou un cure-oreilles réutilisable.

 

Marie Dzimbalka, rédactrice EVI.